La médecine Kampo : entre tradition et modernité

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La Médecine Kampo : entre tradition et modernité

Cet article est lu en 8 minutes, le temps de prendre une tisane et une belle respiration.

La médecine Kampo est la médecine traditionnelle japonaise. Issue de la médecine traditionnelle chinoise, elle a été adoptée et adaptée par le Japon dès le 5e siècle. Dans cet article, nous allons explorer son histoire, ses principes et son application pratique. Nous terminerons en abordant son intégration dans le système de santé japonais.

La Médecine Kampo : entre tradition et modernité

Principes Fondamentaux de la Médecine Kampo

La médecine Kampo, en japonais 漢方医学 Kanpō igaku, est une médecine issue de la médecine traditionnelle chinoise. Elle est apparue au Japon entre le VIIe et le IXe siècle. Elle s’est adaptée et développée indépendamment, créant une tradition unique basée principalement sur l’usage des plantes médicinales. Littéralement, Kampo-yaku signifie aujourd’hui l’étude des usages phytothérapeutiques.

« Kampo » est une combinaison de Kan, qui fait référence à la dynastie Han de Chine (206 av. JC – IIe siècle ap. JC), et Ho, qui signifie « voie du soin ». Ainsi, Kampo peut être traduit par méthode de soin des Han. Ce lien avec les médecines traditionnelles chinoises est visible dans l’étymologie du mot. Cependant, ces médecines diffèrent en termes de méthodes diagnostiques et de materia medica utilisées.

L’histoire du Kampo

La médecine Kampo, originaire du Japon, tire ses racines de la médecine traditionnelle chinoise. Ses premiers écrits remontent à 3000 ans. Elle s’appuie sur des ouvrages de référence comme le Koteidaikei, le Shinnohonzokyo et le Shokanron.

La médecine Kampo s’est développée progressivement au Japon, d’abord par l’importation de ces ouvrages, puis par l’adaptation des principes de la médecine chinoise à la culture japonaise. Les traités japonais sont apparus entre le IIIe et le VIIe siècle, grâce aux moines bouddhistes venus de Chine.

La période Edo (1603 – 1868) a vu une dualité entre différentes écoles de soins japonaises. L’école Kohoha, par exemple, a été influente, avec Todo Yoshimasu, un adepte, considéré comme le médecin le plus influent de l’histoire de la médecine Kampo. Avec l’ère Meiji (1868 – 1912), la médecine Kampo a été confrontée à l’occidentalisation. Le système féodal a été abandonné pour une société moderne basée sur le modèle occidental, ce qui a entraîné l’interdiction de la pratique du Kampo.

Aujourd’hui, la médecine Kampo est pleinement intégrée au système de soins, combinant la tradition thérapeutique et les techniques modernes.

Diagnostic en médecine Kampo

Les praticiens utilisent, entre autres, l’analyse du pouls et l’examen de la langue pour déterminer le Sho, le diagnostic spécifique. Les remèdes sont principalement composés de mélanges complexes de plantes. Chacune choisie pour ses propriétés spécifiques et son interaction avec les autres composants du mélange.

Les techniques diagnostiques de cette médecine sont fines et détaillées, mettant l’accent sur l’observation et l’écoute. L’examen du pouls, par exemple, n’est pas seulement une mesure de la fréquence cardiaque. Il est aussi une évaluation de la qualité du pouls qui peut indiquer des déséquilibres dans différentes parties du corps. De même, l’examen de la langue révèle des informations sur l’état interne des organes et des systèmes corporels.

Techniques thérapeutiques en médecine Kampo

La médecine traditionnelle japonaise, bien qu’elle soit influencée par ses origines chinoises, a développé un ensemble unique de techniques thérapeutiques. Ces techniques sont adaptées aux besoins et aux contraintes sociales japonaises.

Le Kampo propose des solutions thérapeutiques spécifiques, avec une prédominance des plantes. Les thérapies utilisent des parties de plantes, de champignons et, dans une moindre mesure, d’animaux et de minéraux. Les remèdes composés peuvent combiner les quatre éléments, appelés « formules » カンポ式. Le traitement peut également inclure des soins tels que l’acupuncture ou la moxibustion, qui complètent l’utilisation des formules à base de plantes. Les remèdes sont principalement composés de mélanges complexes de plantes. Chacune d’elles est choisie pour ses propriétés spécifiques et son interaction avec les autres composants du mélange. Ces remèdes sont aujourd’hui standardisées. Ce processus assure que chaque traitement est personnalisé et ciblé.

Bien que le shiatsu — un style de massage japonais qui utilise des techniques de pression avec les doigts — soit souvent associé aux pratiques de santé traditionnelles japonaises, il ne fait pas techniquement partie de la médecine Kampo. Le shiatsu est plutôt considéré comme une pratique complémentaire, centrée principalement sur la relaxation et la réduction de la tension.

Acupuncture

L’acupuncture en médecine Kampo adopte une approche plus subtile et superficielle que celle traditionnellement observée en médecine chinoise. Les aiguilles sont insérées juste sous la surface de la peau. Cette pratique est moins invasive et pour autant très efficace. Elle vise à stimuler légèrement les points d’acupuncture sans provoquer de douleur ou de gêne excessive.

Moxibustion

La moxibustion est une autre technique clé de la médecine Kampo. Elle consiste à chauffer des points d’action spécifiques sur le corps en utilisant de l’armoise séchée. Cette plante est façonnée en petits cônes placés directement sur la peau puis allumés pour produire de la chaleur. La chaleur douce et pénétrante de la moxibustion est réputée pour améliorer la circulation, stimuler les points d’acupuncture.

Philosophie de traitement en médecine Kampo

La philosophie sous-jacente à la médecine Kampo est celle de la restauration de l’harmonie dans le corps. Contrairement à l’approche occidentale qui peut se concentrer sur le traitement des symptômes individuels, la médecine Kampo vise à comprendre et traiter la racine des déséquilibres qui causent les symptômes. Cette approche holistique peut inclure des conseils sur le régime alimentaire, l’exercice, et d’autres aspects du mode de vie, en plus de la phytothérapie.

Bien que basée sur la médecine chinoise, le Kampo est plus simple, utilise moins d’ingrédients et simplifie les méthodes de diagnostic. Le diagnostic en Kampo, appelé Sho, se base sur les symptômes de la personne et sa constitution physique. Le Sho est lié à des concepts comme le souffle (Ki), la circulation des fluides, le yin-yang, les « cinq organes » et l’évolution de la pathologie. Les thérapeutes Kampo choisissent le traitement en fonction du Sho, chaque pathologie est liée à une prescription traditionnelle.

Intégration et acceptation dans le système de santé japonais

En 1967, le ministère de la Santé, du Travail et du Bien-être japonais a approuvé quatre médicaments Kampo pour leur remboursement via le système de sécurité sociale.

L’intérêt pour la médecine Kampo, traditionnelle japonaise, a augmenté au siècle dernier. Depuis 2005, presque toutes les facultés de médecine au Japon proposent des cours de Kampo. Aujourd’hui, plus de 80% des médecins japonais utilisent le Kampo dans leur pratique quotidienne. En outre, la phytothérapie japonaise contemporaine utilise aussi des produits d’origine européenne. Au Japon, les médicaments à base de plantes, tels que l’Antistax et le Préfemin, sont couramment utilisés. De plus, des alternatives comme l’aromathérapie et l’homéopathie gagnent en popularité. Enfin, le marché des thérapeutiques Kampo au Japon comprend à la fois des formules sur ordonnance et en vente libre.

Certification et formation des praticiens

Les médecins conventionnels reçoivent une formation en Kampo et peuvent prescrire ces remèdes en complément ou en alternative aux traitements pharmaceutiques occidentaux, offrant ainsi une approche de soin holistique et personnalisée. En plus de leur formation médicale traditionnelle, les médecins au Japon peuvent suivre des cours spécialisés en médecine Kampo. Ces formations sont souvent offertes par des universités et des institutions médicales de renom, garantissant que les médecins sont bien équipés pour intégrer les principes de Kampo dans leur pratique quotidienne. Cette intégration de la formation assure que les praticiens comprennent à la fois les bases scientifiques et les applications traditionnelles de la médecine Kampo.

Standardisation et contrôle qualité

Actuellement, 148 médicaments sont approuvés et normalisés au Japon, garantissant des produits sûrs et efficaces​. Les médicaments Kampo sont fabriqués selon des normes rigoureuses, et beaucoup sont remboursés par l’assurance nationale de santé. Ce processus garantit que chaque produit est de haute qualité, avec des concentrations constantes d’ingrédients actifs, ce qui est crucial pour leur efficacité et sécurité. Le ministère de la Santé, du Travail et des Affaires Sociales supervise ces normes, assurant que les pratiques de fabrication et les produits finaux répondent aux exigences strictes de la médecine moderne.

Rôle dans la prévention et le traitement

La médecine Kampo n’est pas seulement utilisée pour le traitement de maladies existantes; elle joue également un rôle important dans la prévention des maladies et la gestion de la santé à long terme. Les médecins utilisent souvent la médecine Kampo pour créer des régimes de soins personnalisés qui incluent des conseils sur l’alimentation, l’exercice, et le bien-être général, mettant l’accent sur la prévention des maladies avant qu’elles ne surviennent.

Défis et opportunités

La médecine Kampo fait face à des défis spécifiques, notamment en termes de réglementation et de reconnaissance. Les produits à base de plantes doivent souvent satisfaire à des critères stricts pour être approuvés comme compléments alimentaires ou médicaments.

Harmonisation réglementaires et recherche en Médecine Kampo

L’un des principaux défis pour la médecine Kampo est l’harmonisation des normes réglementaires à travers différents pays. Chaque pays a ses propres réglementations concernant l’importation et l’utilisation de produits à base de plantes médicinales. Un autre aspect crucial est la nécessité de mener des recherches cliniques pour valider l’efficacité et la sécurité des traitements Kampo. La recherche aide non seulement à établir la crédibilité de la médecine Kampo mais aussi à rassurer les régulateurs et le public.

Deux instituts majeurs contribuent à la revitalisation de la recherche sur la médecine Kampo : la Division de Pharmacognosie, Phytochimie et Narcotiques de l’Institut national des sciences de la santé et le Centre de Recherche pour les Ressources des Plantes Médicinales. Ce dernier développe des méthodes de culture et de récolte des plantes médicinales et conserve plus de 4 000 espèces dans quatre centres situés à Nayoro, Tsukuba, Wakayama et Kagoshima. D’autres associations, comme la Japan Speciality Agriculture Products Association ou la Crop Science Society of Japan, favorisent également les échanges sur les produits de santé Kampo.

La médecine Kampo représente une fusion fascinante entre l’ancien et le moderne, offrant des perspectives de soins qui respectent à la fois la tradition et les exigences scientifiques contemporaines. La médecine Kampo est une médecine intégrée qui permet aussi bien d’accompagner les traitements conventionnels que de soulager les affections.

Cet article s’inscrit dans une série d’articles autour des Médecines du Monde.

Voici une interview de Keiko IMAMURA, réalisée dans le cadre du 1er sommet des Plantes Médicinales.

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Sources :

Cette publication a un commentaire

  1. Eloïse

    Bonjour Loic
    Super article! Lors de mon DU j’ai eu la chance que Manon faisait partie de nos référents. J’ai pu échanger avec elle et bénéficier de ses cours. Très interessant !
    Petit à petit le monde de la médecine va peut être finir par évoluer, pour être moins clivant ?

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