Interview de Pierre Franchomme – Commencer en aromathérapie

Cet article est lu en 19 minutes, le temps de prendre une petite tisane et une belle respiration ?

J’ai eu la chance de pouvoir rencontrer Pierre Franchomme et de réaliser une série d’interview.

Retrouvez l’intégralité ci-dessous avec la retranscription.

Interview de Pierre Franchomme : commencer en aromathérapie
Interview de Pierre Franchomme : commencer en aromathérapie

Loïc Plisson pour Se Soigner Autrement : Bonjour et bienvenue sur se soigner autrement, je vais vous proposer une série de vidéos, d’interviews de Pierre Franchomme. Bonjour Pierre Franchomme.

Pierre Franchomme : Oui bonjour.

LP- SSA : Je suis absolument ravi d’accueillir Pierre Franchomme alors si vous ne le connaissez pas, c’est le père actuel de l’aromathérapie, on se présente souvent Avicenne et René-Marie Gatefossé comme les grands pères de l’aromathérapie et on peut dire qu’aujourd’hui c’est Pierre Franchomme le père de l’aromathérapie, une des personnes les plus discrètes et les plus célèbres des huiles essentielles. Pour l’anecdote qui n’en est pas une, c’est grâce à Pierre Franchomme qu’on connaît aujourd’hui l’arbre à thé, le fameux tea-tree dont on parle tant. Est-ce que vous avez quelques mots pour vous présenter s’il vous plait ?

PF: Oui bien sûr, actuellement je fête quasiment mes 45 ans de carrière dans le domaine de l’aromathérapie, c’est déjà pas mal. Vous parliez du tea-tree mais également beaucoup d’autres qui sont devenues des huiles emblématiques de l’aromathérapie, l’immortelle par exemple.

LP- SSA : C’est vrai oui.

PF: L’Eucalyptus radiata, le ravinsara et bien, bien, bien d’autres.

LP- SSA : J’ignorais pour le ravinsara.

PF: Oui bien sûr.

LP- SSA : Donc aujourd’hui j’ai dit que vous étiez très discret, cependant vous avez quand même un laboratoire, Pierre Franchomme Lab

PF: Oui tout à fait.

LP- SSA : … qui a la particularité de ne distiller que des huiles essentielles rares, voire même uniques puisque vous êtes le seul à le distiller. Je pense, entre autres, au Muscadier d’Afrique.

PF: Oui tout à fait.

Le gros intérêt c’est que beaucoup d’huiles essentielles sont des grands classiques aujourd’hui mais dans cette pharmacopée manquaient souvent des huiles essentielles ayant des vertus très particulières.

Le but de mes recherches justement c’est d’aller découvrir sur la planète ces types d’huiles essentielles qui répondent à des besoins qui ne sont pas je dirais actuellement disponibles.

LP- SSA : Avant de rentrer parce que là on pourrait partir très vite sur des sujets un peu spécialistes, je propose de voir quelques questions qui sont plus à viser les particuliers.

Pour moi l’aromathérapie elle se divise en deux grandes parties : celle qui touche aux particuliers, le soigner le quotidien, soigner les petits bobos de la famille et puis celle du professionnel où on a, on est dans un usage thérapeutique avec la nécessité de recherche et de réflexion sur les interactions médicamenteuses entre autres donc on parlera plus tard.

Donc avant de commencer est-ce que vous pourriez dire pour vous quels sont les écueils, les erreurs à éviter lorsqu’on commence en aromathérapie ?

PF: Alors quand on commence sur l’aromathérapie, il est nécessaire d’avoir quand même lu un tout petit peu certains ouvrages, certaines revues, publications pour ne pas faire n’importe quoi.

J’ai vu souvent des mères de famille qui nous demandent des huiles essentielles et quand on pose la question officiellement, elles allaient souvent faire un mauvais usage.

Alors je vais donner un exemple concret : au début de ma carrière, une mère de famille se présente et demande un flacon de sarriette, un produit donc que l’on trouve à peu près dans tous les catalogues et donc on lui demande ce que vous allez en faire ?

Ce qu’elle nous a répondu c’est que c’est pour mettre des gouttes dans l’oreille de mon bébé qui a une otite. Alors si jamais ça avait été fait, c’était le drame et directement l’hôpital. Elle avait lu quelque part que la sarriette était bonne pour traiter les otites et donc il faut avoir un minimum de formation pour pouvoir s’auto-soigner, soigner sa famille.

LP- SSA : Il y a la lecture et après il y a la lecture qui soit vraiment pertinente…

PF: Bien sûr.

LP- SSA : …c’est-à-dire avoir au-delà de l’ouvrage, l’information qui corresponde vraiment à la situation.

PF: Tout à fait, c’est une question aussi de voies d’administration et de dosages, qui souvent mal interprétés. Donc faire attention parce que ce sont des produits extrêmement concentrés et là l’école est des deux côtés c’est à dire donc utiliser trop peu, on n’a pas de résultats ou utiliser trop, on peut avoir des effets toxiques. Donc chaque huile je dirais a son niveau d’application. C’est assez simple puisqu’il y a suffisamment d’ouvrages qui parlent des grandes huiles, des huiles les plus classiques

LP- SSA : Alors aujourd’hui vous n’êtes pas réputé pour les ouvrages de vulgarisation puisque à ma connaissance vous n’en avez pas fait parce que…

PF: Je n’en ai pas fait. Que des ouvrages professionnels.

LP- SSA : Une des particularités des ouvrages pour particuliers c’est cette tendance à proposer des recettes.

Des recettes qui vont être plus ou moins complexes voire même quelques fois très complexes avec cinq, six, j’ai pu voir dans un ouvrage de vulgarisation plus de dix huiles pour une proposition.

Dans cette idée là de l’aromathérapie pour les particuliers et pour les professionnels, quel est votre positionnement sur la notion d’unitaire et de synergie d’utiliser soit une huile essentielle toute seule, vous parliez de la sarriette pour les otites à l’instant ou soit des recettes où on va faire une préparation magistrale au sens de la pharmacie ?

PF: Mon point de vue est simple on peut faire soit les formules, utiliser les recettes sauf des unitaires, les deux sont possibles, tout dépend de la pathologie.

S’il vous faut par exemple tout simplement une grippe avec une huile essentielle, on peut s’en sortir. Alors bien sûr on peut aussi faire des recettes, mais attention lorsqu’on va mélanger plusieurs huiles, essayez de trouver une synergie entre ces huiles-là.

Un exemple concret : on donne un certain livre, l’utilisation Eucalyptus radiata et ravinsara, le profil chimique lui-même…bon pourquoi mettre deux huiles qui ont le même profil ? C’est absurde !

LP- SSA : Ça a peu d’intérêt.

PF: Aucun intérêt bien sûr.

LP- SSA : D’accord,donc c’est à dire à la fois d’avoir l’utilisation de plusieurs huiles essentielles va être intéressant s’il y a un réel apport en terme moléculaire.

Sinon l’huile essentielle seule sera largement suffisante.

PF: Tout à fait.

PF: Ce que j’ai remarqué aussi c’est que dans beaucoup de livres, on dirait presque la totalité des livres offerts au grand public, les recettes sont souvent répétitives. C’est-à-dire que la plupart des auteurs, officiellement ne sont pas des aromathérapeutes, ils recopient un livre qui été recopié. C’est triste de voir l’évolution de l’aromathérapie dans ce sens-là.

LP- SSA : Effectivement c’était la question que j’allais vous poser après sur les recettes donc les ouvrages et pour le coup qu’est-ce que vous pensez en fait des recettes qui sont publiées dans les ouvrages grand public ?

PF: Si vous ouvrez une dizaine de livres ou plus, vous verrez que toutes les recettes sont les mêmes parce que les auteurs recopient les auteurs qui recopient les auteurs.

Si un jour vous avez une discussion avec cet auteur, vous apercevez que son niveau de connaissances dans le domaine de l’aromathérapie est quasiment au ras des pas.

L’aromathérapie est une thérapeutique extrêmement sérieuse, je dirais au même niveau que la médecine allopathique et encore plus puisque là nous sommes dans le domaine du naturel avec donc quasiment peu d’effets iatrogènes (trouble causé par un traitement).

LP- SSA : Peu d’effets iatrogènes, ce qui ne veut pas dire pas d’effets de contre-indication, d’effets secondaires voilà.

PF: Il peut y avoir des contre-indications évidemment. Par exemple utiliser du gingembre : si jamais vous êtes sous anticoagulants, vous ne pouvez pas prendre de gingembre, ça c’est une contre-indication.

Et les effets secondaires peuvent arriver par surdosage parce qu’il ne faut pas oublier que les huiles essentielles ce n’est pas de la nourriture et que tous les produits que vous allez prendre que ce soit par voie orale ou par voie cutanée devront être désintoxiqués, neutralisés au niveau hépatique et éliminer.

Toutes les huiles essentielles sont des xénobiotiques, c’est-à-dire donc considérées par l’organisme comme un produit je dirais n’étant pas utilisés directement par nos cellules pour se renouveler.

LP- SSA : Aujourd’hui il y a une grande none dans l’aromathérapie qui est celle d’utiliser les huiles essentielles dans la cuisine et que ce qu’on a pu voir dans les entretiens c’est quelque chose pour laquelle vous positionnez plutôt en…

PF: Tout à fait favorable, tout à fait favorable d’autant plus que la plupart des propositions que je fais par voie orale par exemple et bien concernent l’utilisation des huiles essentielles, d’épices et des aromates en particulier, que je fais mettre dans une huile végétale, que l’on met ensuite dans la salade, dans la soupe etc. C’est le meilleur moyen d’utiliser les huiles essentielles par voie orale pour faire une aromathérapie familiale.

Et je le propose aussi aux médecins. Je ne suis pas du tout gêné.

LP- SSA : Dans les différents courants de l’aromathérapie actuellement il y a une vision scientifique et il y a une vision plus…

PF: Esotérique ?

LP- SSA : …un peu moins scientifique disons.

PF: D’accord.

LP- SSA : Cette vision-là de l’aromathérapie prône énormément l’impact sur le psychisme, sur l’aspect émotionnel et lâchons le mot sur l’aspect énergétique. Dans une vision plus scientifique de l’aromathérapie, quel est votre point de vue sur l’action psychique des huiles essentielles ?

PF: Les huiles essentielles sont des produits extrêmement volatiles et leur premier impact, c’est sur notre système olfactif. Celui-ci est directement connecté au système limbique donc avec des répercussions, on peut dire quasiment immédiates, souvent très intéressantes qui permettent de traiter des insomnies, mais aussi des angoisses, dépressions, des perturbations psychiques plus ou moins importantes.

Donc c’est une voie royale pour utiliser les huiles essentielles qui est de plus en plus étudiée scientifiquement.

LP- SSA : Sur un article récent sur Pierre Franchomme Lab ,vous avez parlé de l’autisme et d’hyperactivité chez l’enfant et donc on est tout à fait dans ce domaine-là, l’application des huiles essentielles.

PF: Exactement tout à fait par exemple pour l’hyperactivité je parlais de l’intérêt d’une huile essentielle qui est rarement utilisé en aromathérapie et pourtant qui est un grand classique qu’est le vétiver et le fait de respirer régulièrement du vétiver mais pas très longtemps, c’est quelques minutes chaque jour permet d’améliorer fortement ces enfants.

LP- SSA : Même chose, ce n’est pas les mêmes huiles essentielles, pour l’autisme ça a un impact important de l’odeur.

PF: Tout à fait tant entendu que ce n’est pas que parole facteur thérapie que l’on peut améliorer d’une façon très, très importante un autiste, donc il faudra aussi d’autres moyens, d’autres voies comme la voie orale par exemple puisque dans l’autisme vous avez une forte connotation au niveau du microbiote qui est souvent très perturbée bien sûr.

LP- SSA : Voilà ça revient à ce qu’on disait voilà l’usage chez les particuliers, chez les professionnels, on est sur deux visages qui sont, qui peuvent être assez…

PF: Alors oui et non puisqu’une maman peut très bien lire certains articles et se dire voilà je vais lui faire respirer et lui faire avaler.

LP- SSA : Donc la question qui se pose là ça va être de la spécification, c’est d’abord vraiment à usage très spécifique.

PF: Mais je vois qu’il y a beaucoup de mamans qui s’intéressent énormément et qui deviennent extrêmement compétentes.

LP- SSA : On voit de plus en plus de formations sur internet ou en présentiel, on vous propose en fait soit une initiation à l’aromathérapie soit une formation plus ou moins complète, quel est votre point de vue en fait de l’ouverture de ces formations au-delà du monde médical donc chez le particuliers, voire chez les thérapeutes qui ne sont ni médicaux ni paramédicaux ?

PF: Alors d’abord au niveau des familles c’est toujours la maman qui s’intéresse à l’aromathérapie, c’est elle qui est en charge de la santé de la famille et donc former ces mères de famille est donc chose pour moi très importante.

Donc bien entendu le monde médical mériterait d’être plus éduqué dans ce domaine parce qu’aujourd’hui il y a une sorte de barrière qui s’est mise et qui est en train de s’ouvrir très vite.

D’ailleurs je vois au niveau hospitalier de plus en plus d’hôpitaux je dirais s’intéressent à l’usage des huiles essentielles.

LP- SSA : D’abord même dans les hôpitaux par la petite porte, on demande aux infirmiers, aux aides-soignants d’abord d’introduire les huiles essentielles.

PF: Exactement tout à fait, les médecins cogitent, cogitent, voilà il leur manque une formation.

LP- SSA : Donc effectivement il y a une formation qui soit sérieuse, qui soit complète.

PF: Moi je donne des cours dans un DU à Rennes, il y a très peu de médecins, c’est en général que des pharmaciens donc c’est par la pharmacie aussi que l’aromathérapie se développe un tout petit peu, commence à être connue du public.

LP- SSA : Parmi les utilisations des huiles essentielles au niveau psychique, il semble comme une évidence de parler aujourd’hui de la dépression puisque c’est les français restent aujourd’hui les plus grands consommateurs d’antidépresseur.

Quel peut être l’apport des huiles essentielles dans cette pathologie si délicate et complexe ?

PF: Alors il est vrai qu’aujourd’hui la dépression occupe une place importante dans les pathologies et les consultations en cabinet médicaux, la réponse universelle ce sont les anxiolytiques, des antidépresseurs voilà avec quel effet ? Les personnes qui sont sous ces types de drogues les utilisent pendant un an, deux ans, trois ans, voire dix ans, voire plus, ce qui veut dire que c’est tout à fait inefficace.

Le choix des médicaments n’est pas le bon parce que la dépression l’est mal comprise du professionnel. Evidemment la dépression a des multiples facteurs ce qu’il ne faut jamais oublier en particulier il y a bien sûr les stress répétés pendant des semaines voire des mois qui vont jouer un rôle important mais on oublie aussi le rôle joué par les bactéries intestinales et l’étude du microbiote aujourd’hui est à la une de tous les sujets de recherche dans le monde entier.

Sans soigner son microbiote, il n’y a aucun résultat au niveau de la dépression nerveuse car notre système immunitaire va jouer un rôle important dans la mesure où celle-ci est sûre pour combattre les bactéries pathogènes.

Ca crée de l’inflammation qui se transforme en inflammation au niveau cérébral et c’est cette inflammation qu’il faut combattre. Durant cette inflammation un des acides aminés qui permet d’avoir un taux de sérotonine suffisant, quand elle chute, est transformé en une substance toxique.

Donc non seulement on a des agents toxiques dans le cerveau, mais aussi on a moins de Sérotonine. Voilà donc l’importance de traiter ce microbiote avec des huiles essentielles que tout le monde connait comme le thym, la sarriette etc., mais aussi des plantes venant d’épices ou d’aromates par exemple.

Bien sûr on peut également utiliser des antidépresseurs qui vont jouer sur les taux des neuromédiateurs en particulier la muscade et également qui est une épice et donc je suis très, très huiles essentielles d’épices et d’aromates pour traiter un grand nombre de pathologies car elles sont faites finalement pour notre santé, notre bien-être.

LP- SSA : Chez Pierre Franchomme Lab vous distillez des huiles essentielles ; lorsque vous faites une distillation vous obtenez aussi des hydrolats.

PF: Oui.

LP- SSA : C’est le deuxième produit de la distillation, on a l’huile essentielle qui surnage ou qui sous-nage suivant le type d’huile essentielle et on a l’hydrolat qui est la phase aqueuse, la partie où il y a de l’eau de cette distillation, qu’est-ce que vous en faites de ces hydrolats, est-ce que vous les utilisez en soin où vous les jetés ? Quel est votre avis sur l’utilisation des hydrolats globalement ?

PF: C’est des produits extrêmement précieux, fragiles aussi d’où le besoin de suivre de conservateurs sauf exception.

J’utilise facilement par exemple en bain d’yeux pour traiter des conjonctivites : conjonctivite infectieuse, conjonctivite allergique, conjonctivite virale par exemple.

Egalement en lavage des plaies, ça marche très, très bien. J’ai même des confrères en Asie qui ont utilisés, en compresses journalières, pour traiter des tumeurs cutanées avec des résultats faramineux. Egalement lavage vaginale également dans les candidoses.

Donc beaucoup d’utilisations alors attention à l’hydrolat n’a pas les mêmes composants que les huiles essentielles puisque là nous n’avons que les molécules qui sont beaucoup plus hydrophiles donc solubles dans l’eau que les huiles essentielles qui n’ont que des produits lipophiles donc non solubles dans l’eau.

LP- SSA : Oui l’hydrolat n’est pas l’huile essentielle et l’huile essentielle n’est pas l’hydrolat.

PF: Pas les mêmes propriétés.

LP- SSA : Pas les mêmes propriétés, pas les mêmes contre-indications également, formés sur deux premiers qui sont différents ou bien qui suivent la même plante.

PF: Bien sûr, tout à fait.

LP- SSA : Et Pierre Franchomme Lab vous proposez principalement des huiles essentielles mais vous proposez également des extraits CO2 .

L’extrait CO2 supercritique en fait ce sont des extractions particulières, c’est-à-dire qu’on va récupérer les molécules aromatiques des plantes via un procédé un peu plus complexe que la distillation donc pas uniquement avec de l’eau mais avec du dioxyde de carbone dans un état particulier qu’on appelle supercritique.

Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur l’avenir de ce type de préparations aromatiques, de ce type de produits aromatiques et comment on va les utiliser ? Quel est leur avenir ?

PF: C’est pas l’avenir, c’est déjà le présent puisque je les utilise énormément.

Le produit que l’on récupère on peut appeler une huile essentielle par CO2 supercritique,ce produit est quasiment identique à ce qu’il y avait dans la plante. Il n’y a pas de dénaturation donc on a vraiment le totum non dénaturé de ce que produit le végétal et bien souvent il y a des molécules qui sont présentes qui ne le sont pas lorsqu’on distille à la valeur d’eau.

LP- SSA : Oui ça c’est un discours que j’ai souvent sur Se Soigner Autrement disons l’huile essentielle n’est pas une plante concentrée, c’est une plante qui est concentrée et transformée alors que dans les huiles essentielles CO2 supercritiques, on a vraiment une plante concentrée.

PF: C’est vraiment ce qu’il y avait dans la plante sans dénaturation.

LP- SSA : Il n’y a pas de transformation.

PF: Alors c’est idéal pour la voie orale, pour la voie cutanée par contre on oublie la voie respiratoire puisque on entraîne en même temps d’autres produits lipophiles.

LP- SSA : Il y a le gras et donc on a un caractère volatile qui est moins important pour les extraits CO2.

PF: Tout à fait.

LP- SSA : Aujourd’hui comme je disais dans l’introduction de cet entretien, vous êtes une sommité de l’aromathérapie, qu’est-ce qui vous a amené à créer votre propre laboratoire et quelles ont été un peu les grandes étapes de cette création ?

PF: Ce n’est pas mon premier laboratoire bien sûr, c’est le second puisque le premier a son propre envol.

A l’époque si je l’ai créé et aujourd’hui je le recrée c’est parce que je suis passionné par la recherche donc et la découverte de nouvelles plantes, de nouvelles huiles essentielles, ça été un peu mon parcours de vie.

Non seulement une huile essentielle, oui mais encore faut-il savoir à quoi elle peut servir et donc faire des études, des recherches, j’ai dirigé un laboratoire de pharmacologie pendant 15 ans qui m’a donné des informations importantes sur les modes d’action dans les huiles essentielles et comment pouvoir les utiliser dans telle ou telle pathologie.

On a parlé de l’introduction du tea tree, de l’hélychrise etc. Aujourd’hui je continue dans ce domaine en apportant par exemple les nouveautés venant de la forêt amazonienne ou bien de l’Asie.

Et toujours en apportant un plus dans le développement de l’aromathérapie et comblé finalement les espaces thérapeutiques qui étaient incomplets.

LP- SSA : Et donc vous allez chercher les plantes que vous distillez ou…

PF: Non, non je vais chercher les plantes, je fais des distillations en laboratoire et ensuite je les fais distiller sur place.

Voilà pour avoir des produits de haute qualité.

LP- SSA : Oui la qualité thérapeutique est donc le maître mot et l’élément indispensable en fait pour une utilisation d’huile essentielle que ce soit à usage familial ou à usage professionnel c’est toujours avoir cette qualité thérapeutique.

PF: L’huile essentielle de terroir mais aussi à vocation médicinale.

LP- SSA : Alors je vais me permettre de faire mon curieux : Quelles sont vos recherches actuelles dans le milieu l’aromathérapie ? Quelles sont vos dernières découvertes ? Où est-ce que vous allez nous amener cette fois-ci après l’arbre à thé, le ravinsare, l’immortelle ?

PF: Mon point d’intérêt aujourd’hui c’est l’immunité car le système immunitaire est fondamentale pour sauvegarder d’un grand nombre de pathologies. Non seulement les pathologies infectieuses bien entendues alors bactériennes, virales, fongiques ou parasitaires mais aussi dans d’autres domaines où en particulier certaines cellules humaines vont migrer.

C’est le cas de l’endométriose, où elles migrent dans l’abdomen et générent des douleurs intenses. Ceci par manque d’efficacité du système immunitaire et en particulier des macrophages qui eux font le nettoyage.

Et dans ce domaine, j’ai découvert une huile essentielle qui était exceptionnelle qui s’appelle la muscade d’Afrique voilà qui a montré donc un fort intérêt dans ce domaine et nous avons déjà pas mal de résultats qui confortent, qui confirment cette activité de macrophagie.

LP- SSA : Alors cette huile essentielle le peu où j’ai pu voir, elle ressemble en termes de composition biochimique, sur la grosse partie, à l’estragon,…

PF: Ah non pas du tout.

LP- SSA : De ce que j’ai vu.

PF: Non, non, non on associe à l’estragon dans le domaine d’un traitement de l’endométriose mais son profil chimique est totalement différent.

LP- SSA : Et donc elle a un profil particulier…

PF: Très particulier.

LP- SSA : …qu’on retrouve dans aucune huile essentielle.

PF: Tout à fait, c’est une huile essentielle précieuse aujourd’hui , plante qui est connue de toute l’Afrique de l’ouest ne faut pas l’oublier donc je ne vais pas chercher des huiles rarissimes donc ce sont donc des plantes utilisées par les autochtones, qu’ils s’en servent pour les raisons de santé.

LP- SSA : Sur la base de connaissances de tradi-praticiens ?

PF: Tout à fait, d’ailleurs les meilleures recherches se font en partant de la médecine traditionnelle.

LP- SSA : L’éthnopharmacie pour aller vers l’éthnomédecine.

PF: Exactement tout à fait.

LP- SSA : Aujourd’hui en aromathérapie on a donc je le redis il y a une différence entre les professionnels et les particuliers.

Chez les professionnels on a une pratique qui peut être très différente avec des utilisations des huiles essentielles qui sont très diverses ; une des utilisations les plus flagrantes et sur la quantité d’huiles essentielles qui peuvent être utilisées dans certains cas on va voir une goutte, deux gouttes ou bien pas plus de six gouttes par jour.

Dans certaines approches en particulier au Canada où elles sont beaucoup plus répondues on va être sur les 50, 80 gouttes par jour. Dans votre ouvrage phare l’aromathérapie exactement vous avez aussi des usages qui sont importants entre autres de l’embaumement.

Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur cette nuance qui peut y avoir entre utilisation sur quelques gouttes et sur des… quasiment du millilitre enfin par millilitre la quantité de l’huile essentielle.

PF: La réponse est simple : mettons que votre enfant ait une petite angine déjà avec une demi gouttes déjà c’est suffisant par voie orale plus une ou deux gouttes en massage sur les chaînes ganglionnaires, on répète une deuxième fois et bien souvent on est tranquille.

Par contre récemment j’ai un thérapeute qui m’a posé la question d’une personne qui était hospitalisée, qui a été traitée pour une septicémie avec bactérie quand même redoutable, qui était un Clostridium totalement antibio-résistant.

Ce que j’ai proposé c’est la technique ce qu’on appelle l’embaumement voilà avec plusieurs massages par jour de la tête aux pieds et la personne s’en est sortie. Et donc ça dépend officiellement des besoins.

LP- SSA : Cette nuances-là de quantité on pouvait vraiment l’attribuer sur l’aspect professionnel, c’est-à-dire que lorsqu’on va sur des grandes quantités, là plusieurs millilitres par jour en embaumement, on est sur un usage prescrit on va dire vraiment professionnel, spécialement…

PF: Tout à fait, avec surveillance.

LP- SSA : …ça demande un suivi.

PF: Bien sûr.

LP- SSA : Pour pouvoir savoir ajuster, réagir en fonction de l’urgence.

Si aujourd’hui vous deviez avoir un conseil ou si vous aviez quelque chose à dire pour permettre aux médecins de passer le pas, se former à l’aromathérapie, quelle serait votre façon en fait de lever cette crainte qu’il y a chez les médecins, les praticiens médicaux en général à s’informer à cette approche ?

PF: Alors c’est très simple l’aromathérapie est une thérapeutique allopathique qui suit les mêmes critères d’efficacité que les médicaments actuels qu’aujourd’hui de plus en plus de bactéries sont antibio-résistants et que proposent le médecin ? Il n’a rien.

Merci beaucoup à Pierre Franchomme pour le temps qu’il m’a accordé. Vous pouvez retrouver son intervention ainsi que son atelier sur l’utilisation des extrait aromatique à CO2 dans les dysbioses intestinales (troubles du microbiote) dans le Sommet des Plantes médicinales.

Prenez soin de vous,

Loïc

Les conseils de Pierre Franchomme pour commencer en aromathérapie

Cet article a 2 commentaires

  1. saussereau josette

    ma réponse a ce beau document c’est de trouver un livre de Pierre Franchomme pour explorer un peu plus les H >Essentielles avec ces nouvelles données
    Merci
    josette saussereau

    1. Loïc

      Je ne voudrais pas vous décourager dans ce bel élan…ses livres ne sont pas des plus accessibles.

      Il a uniquement écrit pour les professionnels.

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Loïc

Professionnel de santé, diplômé en masso-kinésithérapie, je m’intéresse aux pratiques de soin centrées sur la personne. Conférencier et formateur, j'exerce depuis plus de 15 ans. J'ai complété mes connaissances par une formation universitaire en Fasciathérapie (4 ans), l'apprentissage de la Microkinésithérapie (3 ans), des Réflexologies (5 ans), du Shiatsu (Minna san do so). L'aromathérapie, l'hydrolathérapie, la gemmothérapie et l'homéopathie sont venues enrichir mon travail pour rendre la personne actrice de son soin et autonome.