Au-delà des plantes : les champignons, ces alliés méconnus de notre santé

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Découvrez comment les champignons médicinaux, tels que le reishi et le lion's mane, agissent comme des alliés méconnus pour notre santé et leur rôle essentiel dans l'écosystème.

Il y a quelques années, lors d’une balade en forêt avec un ami passionné de mycologie, j’ai vécu un de ces moments qui changent votre façon de regarder le monde. Accroupi au pied d’un vieux hêtre, il m’a montré, sous l’écorce humide, un lacis de filaments blancs presque imperceptibles. « Tu vois ça ? m’a-t-il dit. C’est le vrai champignon. Ce qu’on ramasse dans nos paniers, ce n’est que son appareil reproducteur. Le véritable organisme, lui, s’étend sous nos pieds sur des dizaines de mètres, parfois des kilomètres. » Ce jour-là, j’ai compris que nous passions à côté d’un monde entier. Un monde qui, depuis des millénaires, soutient silencieusement la vie sur Terre et notre santé.

Quand on parle de santé naturelle, de phytothérapie, d’herboristerie, on pense immédiatement aux plantes. Et c’est bien normal : elles occupent une place centrale dans nos pharmacopées traditionnelles. Mais il existe un règne du vivant qui, bien qu’utilisé depuis des millénaires dans certaines cultures, reste étonnamment méconnu : le règne fongique. Les champignons. Pas ceux de nos omelettes (quoique…) mais ceux qui possèdent un potentiel thérapeutique que la science commence à peine à mesurer.

Les champignons ne sont pas des plantes : un monde à part

Plus proches des animaux que des plantes

C’est peut-être la première idée reçue à déconstruire. Pendant longtemps, on a classé les champignons parmi les végétaux. Il a fallu attendre les avancées de la biologie moléculaire au XXe siècle pour reconnaître qu’ils constituent un règne à part entière : le règne des Fungi, ou règne fongique. Génétiquement, les champignons sont d’ailleurs plus proches des animaux que des plantes.

Contrairement aux végétaux, les champignons ne pratiquent pas la photosynthèse. Ils ne fabriquent pas leur propre nourriture à partir de la lumière du soleil. Ils se nourrissent en décomposant la matière organique ou en établissant des relations symbiotiques avec d’autres organismes. Et c’est précisément cette singularité biologique qui leur confère des propriétés que les plantes ne possèdent pas.

Le mycélium : le véritable organisme

Ce que nous appelons couramment « champignon », le pied et le chapeau que l’on cueille en forêt, n’est en réalité que le carpophore : la partie reproductive, éphémère, d’un organisme bien plus vaste.

Le véritable champignon, c’est le mycélium, un réseau souterrain de filaments microscopiques appelés hyphes, qui peut s’étendre sur des surfaces considérables.

Pour vous donner une idée de l’ampleur du phénomène : le plus grand organisme vivant jamais identifié sur Terre n’est ni une baleine bleue, ni un séquoia géant. C’est un champignon. Un spécimen d’Armillaria ostoyae, découvert dans la forêt nationale de Malheur, en Oregon, s’étend sur près de 9 kilomètres carrés. Son âge est estimé à plus de 2 400 ans et sa masse à environ 400 tonnes. Sous nos pieds, bien caché, un être vivant plus vieux que la démocratie athénienne prospère en silence.

Le Wood Wide Web : quand les champignons connectent la forêt

Une symbiose souterraine à l’échelle de la forêt

Le rôle écologique des champignons dépasse de loin ce que l’on imagine. Dans les années 1990, l’écologue canadienne Suzanne Simard a mis en évidence un phénomène fascinant : les arbres d’une forêt ne sont pas des individus isolés en compétition les uns avec les autres. Ils sont reliés par un immense réseau souterrain de champignons mycorhiziens, que les biologistes ont surnommé le Wood Wide Web, l’internet de la forêt.

Le principe est celui d’une symbiose. Les champignons mycorhiziens s’associent aux racines des arbres : ils leur fournissent de l’eau et des minéraux captés grâce à leurs filaments, et reçoivent en échange une partie des sucres produits par la photosynthèse.

On estime qu’un arbre peut consacrer jusqu’à 30 % de son carbone fixé à l’entretien de cette association.

Mais le réseau va plus loin : un même mycélium peut se connecter simultanément à des dizaines, voire des centaines d’arbres, créant des voies de circulation pour les nutriments, l’eau et même des signaux chimiques d’alerte en cas d’attaque parasitaire.

Fascinant, mais gardons la nuance

Il faut toutefois rester nuancé. Une étude publiée en 2023 dans Nature Ecology and Evolution a rappelé que certaines affirmations sur le Wood Wide Web avaient été surinterprétées, notamment l’idée d’une “entraide consciente” entre les arbres.

Les échanges existent, ils sont documentés mais leurs mécanismes sont complexes et ne relèvent pas d’une intention au sens humain du terme. C’est typiquement le genre de sujet où la complexité du vivant ne se laisse pas enfermer dans un récit trop simple, aussi séduisant soit-il.

Ce qui reste fascinant, en revanche, c’est ce que cela nous enseigne sur la nature même de la santé : dans un écosystème forestier, la vitalité d’un arbre dépend de la qualité de ses connexions avec le réseau fongique qui l’entoure. N’y a-t-il pas là une belle métaphore de notre propre terrain ?

La mycothérapie : une science ancienne, une renaissance moderne

L’utilisation thérapeutique des champignons, que l’on appelle mycothérapie (du grec myco, champignon, et therapeia, soin), n’est pas une mode récente. C’est une pratique millénaire, profondément enracinée dans plusieurs traditions médicales à travers le monde.

Des racines ancestrales

En médecine traditionnelle chinoise, les champignons médicinaux sont documentés depuis plus de 2 000 ans. Le reishi (Ganoderma lucidum) y est surnommé le « champignon de l’immortalité » et est utilisé pour renforcer l’énergie vitale, le fameux Qi. Le shiitake (Lentinula edodes) et le maitake (Grifola frondosa) y occupent également une place de choix, autant dans l’alimentation que dans la pharmacopée.

Mais l’usage ne se limite pas à l’Asie. En 1991, la découverte d’Ötzi, cet homme des glaces vieux de plus de 5 300 ans retrouvé dans les Alpes italo-autrichiennes, a révélé qu’il transportait du polypore du bouleau (Piptoporus betulinus), un champignon reconnu pour ses propriétés antimicrobiennes et antiparasitaires. C’est l’une des plus anciennes preuves connues de l’usage médicinal des champignons en Europe.

En Sibérie, le chaga (Inonotus obliquus), ce champignon noir qui pousse sur les bouleaux, est utilisé depuis des siècles en décoction pour soutenir la vitalité et la résistance aux rigueurs de l’hiver.

Dans les traditions chamaniques de Scandinavie et de Sibérie, certains champignons occupent même une place spirituelle et rituelle, ce qui témoigne de la profondeur de la relation entre l’humain et le monde fongique à travers les âges et les cultures.

Ce que la science moderne nous apprend

Depuis les années 1990, la recherche occidentale s’est penchée sérieusement sur les mécanismes d’action des champignons médicinaux. Et les résultats sont passionnants.

On estime aujourd’hui que plus de 650 espèces de champignons possèdent une valeur thérapeutique identifiée. Chaque espèce contient un arsenal de molécules bioactives qui lui est propre : polysaccharides, triterpènes, stérols, lectines, enzymes antioxydantes… Le reishi, par exemple, en contiendrait plus de quatre cents.

Au cœur de cette richesse, un groupe de molécules attire particulièrement l’attention des chercheurs : les bêta-glucanes.

Les bêta-glucanes : le chef d’orchestre de l’immunité

Ces polysaccharides à structure ramifiée se fixent sur des récepteurs spécifiques de nos cellules immunitaires (les récepteurs PRR), entraînant une activation des macrophages et des cellules tueuses naturelles.

Autrement dit, les bêta-glucanes ne combattent pas directement un pathogène : ils “éduquent” notre système immunitaire pour qu’il fasse mieux son travail.

C’est une distinction capitale. Les champignons médicinaux n’agissent pas comme un médicament ciblé sur un symptôme. Ils soutiennent et modulent les capacités d’autorégulation de l’organisme. C’est ce qui en fait des alliés particulièrement intéressants dans une approche globale du soin.

Un marché à surveiller de près

Un point important de vigilance cependant : une étude publiée dans la revue Nature en 2017 a analysé dix-neuf compléments alimentaires à base de reishi disponibles sur le marché américain.

Seuls cinq d’entre eux contenaient réellement des bêta-glucanes. Les autres ne contenaient probablement même pas le champignon indiqué sur l’étiquette.

Le marché de la mycothérapie, comme celui de beaucoup de compléments, souffre d’un manque de régulation et de transparence. Consommer avec discernement, vérifier la qualité des produits, exiger des certificats d’analyse : c’est essentiel.

Cinq champignons à connaître

Sans prétendre à l’exhaustivité, voici cinq champignons médicinaux dont les propriétés sont particulièrement documentées.

Le reishi (Ganoderma lucidum) : l’adaptogène par excellence

Utilisé depuis des millénaires en Asie, le reishi est considéré comme un champignon adaptogène, c’est-à-dire qu’il aide l’organisme à s’adapter aux différentes formes de stress, qu’elles soient physiques, émotionnelles ou environnementales. Il est traditionnellement associé au soutien immunitaire, à la gestion du stress, à l’amélioration du sommeil et à la protection cardiovasculaire. Sa saveur amère et sa texture coriace le destinent principalement à un usage en décoction, en extrait ou en poudre.

Le shiitake (Lentinula edodes) : l’allié du quotidien

C’est probablement le champignon médicinal le plus accessible, puisqu’il est aussi un excellent comestible, très présent dans la cuisine asiatique. Le shiitake est riche en lentinane, un bêta-glucane qui a fait l’objet de nombreuses études sur la stimulation immunitaire. Ses propriétés antivirales, anti-inflammatoires et son soutien au métabolisme lipidique en font un champignon de choix pour une consommation régulière.

Le crinière de lion (Hericium erinaceus) : le champignon du cerveau

Avec sa forme étonnante, évoquant une crinière blanche et duveteuse, l’Hericium erinaceus fascine autant par son apparence que par ses propriétés. C’est le champignon le plus étudié pour ses effets sur le système nerveux et les fonctions cognitives. Il contient des composés uniques, les érinacines et les héricénones, qui stimuleraient la production du facteur de croissance nerveux (NGF). Des pistes de recherche prometteuses, même si la prudence reste de mise quant aux extrapolations cliniques.

Le cordyceps (Ophiocordyceps sinensis) : l’énergie venue des hauts plateaux

Utilisé depuis des siècles dans la médecine tibétaine et chinoise, le cordyceps est traditionnellement associé à l’endurance physique, au soutien des fonctions respiratoires et à la vitalité sexuelle. Son mode de vie est étonnant : à l’état sauvage, il parasite des larves d’insectes dans les hauts plateaux himalayens. Aujourd’hui, les formes cultivées permettent un accès plus éthique et durable à ce champignon adaptogène.

Le maitake (Grifola frondosa) : le modulateur métabolique

Le maitake, que l’on appelle aussi « poule des bois » » » en raison de sa forme en éventail, est particulièrement étudié pour ses effets sur le métabolisme glucidique et lipidique, ainsi que pour ses propriétés immunomodulatrices. C’est un excellent comestible, à la saveur délicate, que l’on peut intégrer facilement dans l’alimentation quotidienne.

Champignons et Permathérapie : une action multisystémique

Un allié transversal des quatre systèmes du Terrain

Ce qui rend les champignons médicinaux particulièrement intéressants dans le cadre d’une approche permathérapeutique, c’est leur capacité d’action multisystémique. La Permathérapie, rappelons-le, s’appuie sur quatre Systèmes Fondamentaux : le Système Immunitaire (régulation), le Système Hormonal (organisation), le Système Nerveux (communication) et le Système Tenségral (mise en relation).

Or, les champignons médicinaux interviennent précisément à l’interface de ces systèmes. Les bêta-glucanes modulent le Système Immunitaire. Les autres principes actifs vont venir jouer sur les autres Systèmes Fondamentaux. Et bien souvent, les 4 !

Le champignon : connecteur du vivant, dans la forêt comme dans le corps

Cette transversalité n’est pas un hasard. Elle reflète la nature même du champignon : un organisme qui, dans la nature, joue le rôle de connecteur, de médiateur, de régulateur. Dans une forêt, le champignon relie les arbres entre eux, redistribue les ressources, recycle la matière organique.

Dans notre corps, il semble jouer un rôle analogue : soutenir les connexions, favoriser la régulation, accompagner les processus d’auto-organisation du vivant.

C’est pourquoi la mycothérapie trouve une place naturelle dans la boîte à outils de la Permathérapie. Non pas comme une solution miracle (ça n’existe pas), mais comme un levier complémentaire, à intégrer dans une démarche globale qui prend en compte l’ensemble du Terrain.

Comment intégrer les champignons dans votre quotidien

Bonne nouvelle : il n’est pas nécessaire de courir après des compléments alimentaires coûteux pour bénéficier des bienfaits des champignons.

Par l’assiette, d’abord

Commencez par l’alimentation. Le shiitake et le maitake sont d’excellents comestibles, disponibles frais ou séchés dans la plupart des épiceries asiatiques et de plus en plus dans les magasins bio.

Les intégrer régulièrement à vos repas, c’est déjà faire de la mycothérapie au quotidien. Même si, bien évidement, les dosages seront nettement inférieurs.

Bien choisir ses extraits

Pour un usage plus ciblé, les extraits de champignons (en poudre, en gélules ou en teinture mère) permettent de concentrer les principes actifs.

Mais attention à la qualité : privilégiez des produits issus de cultures biologiques, idéalement européennes, dont la teneur en bêta-glucanes est vérifiée par des analyses indépendantes. Méfiez-vous des étiquettes vagues qui mentionnent simplement « poudre de champignon » sans préciser la composition en principes actifs.

Et sachez qu’associer la prise de champignons médicinaux à de la vitamine C (un fruit ou des légumes verts) peut augmenter la biodisponibilité des bêta-glucanes, certaines études évoquant une amélioration de l’absorption intestinale pouvant aller jusqu’à 30 %.

Attention à la provenance : les champignons font éponge

Un autre point essentiel : les champignons, de par leur biologie, absorbent intensément leur environnement.

Ce sont de véritables éponges qui peuvent concentrer les métaux lourds, les pesticides et autres polluants présents dans leur milieu de culture. La provenance et les conditions de culture sont donc des critères de choix aussi importants que l’espèce elle-même.

Un maillon dans une hygiène de vie globale

Enfin, comme pour tout ce qui touche à la santé naturelle, la mycothérapie s’inscrit dans une démarche globale. Les champignons ne remplaceront jamais une alimentation ajustée, un sommeil de qualité, une activité physique régulière et un travail sur son terrain émotionnel et relationnel. Ils viennent enrichir et compléter cette hygiène de vie.

Diversifier ses approches, c’est aussi cela : ne pas tout attendre d’un seul remède mais tisser un réseau de soutiens complémentaires. Un peu comme le font les champignons eux-mêmes !

Élargir notre regard : au-delà des plantes, le vivant dans sa diversité

Cette exploration du monde fongique nous invite à une réflexion plus large. Quand nous parlons de santé naturelle ou d’herboristerie, nous avons tendance à nous concentrer sur le règne végétal. C’est compréhensible, mais c’est aussi limitant.

Le vivant ne se divise pas en catégories étanches. Les champignons, les bactéries de notre microbiote, les insectes pollinisateurs, les algues : tous participent à cet immense écosystème dont notre santé dépend.

C’est dans cet esprit que le prochain Congrès Plantes & Conscience, prévu en 2027 à Aix-les-Bains, propose d’élargir la notion de végétal au-delà des plantes stricto sensu, pour inclure le monde fongique et les autres formes de vie qui tissent la trame du vivant. Une démarche que je trouve profondément alignée avec la vision de la Permathérapie.

Prendre soin de soi autrement, c’est aussi apprendre à regarder là où l’on ne regarde pas d’habitude. Sous nos pieds, dans les sols de nos forêts, un monde fascinant et généreux attend d’être mieux connu, mieux compris, mieux respecté. Les champignons, ces grands connecteurs du vivant, nous rappellent que la santé n’est jamais une affaire individuelle. Elle est toujours une question de liens, de réseau, d’écosystème. Et c’est peut-être la plus belle leçon qu’ils ont à nous offrir.

Sources :

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