La montée de lait est l’une de ces expériences que le corps traverse avec une logique implacable. Pendant des mois, il s’est préparé à nourrir un enfant. Puis vient le moment, choisi ou subi, où cette production n’a plus lieu d’être. Et c’est là que beaucoup de femmes se retrouvent démunies, entre seins douloureux, conseils contradictoires et culpabilité diffuse. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe des solutions naturelles, douces et respectueuses du corps pour accompagner cette transition. Encore faut-il savoir lesquelles sont réellement pertinentes, et lesquelles relèvent du mythe.
Comprendre la montée de lait : un processus hormonal, pas un défaut de réglage
Le rôle central de la prolactine
Pour accompagner l’arrêt de l’allaitement en douceur, il est utile de comprendre ce qui se joue dans le corps. La montée de lait est un processus physiologique tout à fait normal. Après l’accouchement, l’expulsion du placenta entraîne une chute brutale des œstrogènes et de la progestérone. C’est cette chute hormonale qui libère la prolactine, l’hormone responsable de la fabrication du lait maternel. Ce mécanisme se déclenche généralement entre le deuxième et le cinquième jour suivant la naissance.
Ce qu’il est fondamental de retenir, c’est que la production de lait fonctionne selon un principe de demande et d’offre. Plus le bébé tète, plus le corps fabrique de lait. À l’inverse, lorsque la stimulation diminue, la production s’ajuste progressivement à la baisse. C’est ce principe qui constitue la base de tout sevrage naturel réussi.
Sevrage naturel ou sevrage planifié : deux chemins, un même respect
Le sevrage peut prendre deux formes. Dans le sevrage naturel, c’est l’enfant lui-même qui se détourne progressivement du sein, attiré par d’autres aliments et d’autres modes d’exploration. La transition se fait alors presque sans intervention. Dans le sevrage planifié, c’est la mère (ou le couple) qui décide d’arrêter l’allaitement, pour des raisons qui lui appartiennent : reprise du travail, fatigue, envie de retrouver une autonomie corporelle, contraintes médicales. Toutes ces raisons sont légitimes, et aucune ne devrait être source de culpabilité. En Permathérapie, nous considérons que la décision d’allaiter ou de cesser de le faire est une composante pleine et entière du design personnel de la mère.
Arrêter l’allaitement : les gestes essentiels pour un sevrage en douceur
Communiquer avec son enfant, le premier soin
L’allaitement est bien plus qu’un apport nutritif : c’est une relation. Le sevrage représente donc une évolution de cette relation, pas une rupture. Quelle que soit la raison de l’arrêt, prendre le temps de parler à son enfant fait partie du processus. Même un nourrisson de quelques mois perçoit le tonus, l’intention et l’émotion derrière les mots. Lui expliquer, avec douceur et conviction, que ce temps-là touche à sa fin, c’est honorer le lien qui vous unit tout en posant les bases d’une nouvelle étape.
Plusieurs discussions seront parfois nécessaires. La période peut être riche en émotions, pour l’enfant comme pour la mère. C’est normal. Ce dialogue, même silencieux, participe d’un sevrage apaisé.
Diminuer progressivement les tétées
Le corps s’adapte. Si vous réduisez progressivement les mises au sein, la production de lait diminuera d’elle-même. Commencez par supprimer une tétée, puis attendez quelques jours avant d’en supprimer une autre. Ce rythme progressif permet au corps de s’ajuster sans engorgement brutal. La plupart du temps, si le sein n’est plus stimulé, les montées de lait cessent d’elles-mêmes en 48 à 72 heures. En théorie, pas besoin de traitement particulier. En pratique, certaines femmes ont besoin d’un coup de pouce, et c’est là que les plantes et l’homéopathie entrent en jeu.
Prendre soin de soi pendant le sevrage
La période post-partum est souvent marquée par une fatigue intense, parfois invisible. Le corps a traversé la grossesse, l’accouchement, et peut-être des mois d’allaitement. L’épuisement maternel est une réalité que l’on sous-estime trop souvent. Or, votre état de fatigue influence directement votre lactation et votre capacité à vivre sereinement le sevrage.
Pendant cette transition, soyez bienveillante avec vous-même. Acceptez de demander de l’aide à votre entourage pour dormir, vous reposer, prendre un moment pour vous. Accepter les changements de son corps, et notamment de son ventre, fait aussi partie de ce chemin vers un nouveau rapport à soi.
Les plantes anti-galactogènes : vos alliées pour stopper la montée de lait
Certaines plantes sont traditionnellement reconnues pour leurs propriétés anti-galactogènes. C’est-à-dire leur capacité à réduire, voire tarir, la sécrétion de lait maternel. Aucune étude clinique de grande ampleur n’a formellement prouvé leur efficacité. L’expérience accumulée par les sages-femmes, les herboristes et les consultantes en lactation leur confère une place de choix dans l’accompagnement naturel du sevrage. Il convient de les utiliser avec discernement, en respectant les dosages et en restant à l’écoute de son corps.
La sauge officinale (Salvia officinalis) : la référence
La sauge officinale est sans doute la plante la plus fréquemment citée pour accompagner l’arrêt de la lactation. Riche en flavonoïdes, en terpènes et en composés phénoliques, elle contient notamment du salviol, un diterpénol auquel on attribue une activité anti-galactogène. La sauge possède également une activité œstrogène-like, c’est-à-dire qu’elle mime l’action des hormones œstrogéniques, ce qui contribue à freiner la production de prolactine.
En pratique, la sauge se consomme en infusion forte : une à deux cuillères à café de feuilles séchées de sauge officinale dans une tasse d’eau chaude, laissées infuser 7 à 10 minutes. Il est généralement conseillé de boire trois grandes tasses par jour, en ajustant la quantité selon les effets ressentis. Pour celles qui n’apprécient pas le goût prononcé de l’infusion, des gélules de sauge sont disponibles en herboristerie ou en pharmacie.
Précaution importante : veillez à utiliser de la sauge officinale (Salvia officinalis), et non d’autres variétés de sauge qui peuvent être présentes dans les jardins et qui ne possèdent pas les mêmes propriétés. L’huile essentielle de sauge officinale, très concentrée en thuyone (une molécule neurotoxique), est à proscrire durant cette période. La sauge ne doit pas être utilisée pendant un sevrage au cours duquel vous continuez d’allaiter, car ses composés passent dans le lait.
Le persil (Petroselinum crispum) : discret mais efficace
Le persil est une plante aromatique que l’on oublie souvent dans la pharmacopée familiale, et pourtant son action anti-galactogène est reconnue dans la tradition herboriste. Consommé en quantité significative (pas simplement en décoration sur un plat), le persil frais peut contribuer à réduire la montée de lait. On peut le consommer en infusion en laissant infuser une poignée de persil frais dans une tasse d’eau chaude pendant 10 minutes, à raison de deux à trois tasses par jour. Il se prête aussi très bien à une consommation alimentaire : taboulé, jus vert, soupe.
Certaines femmes l’utilisent également en cataplasme local. Du persil frais mixé avec un peu d’eau, appliqué sur un tissu propre, posé sur les zones sensibles (en évitant le mamelon). Ce remède de grand-mère peut apporter un soulagement complémentaire en cas d’engorgement.
La menthe poivrée (Mentha piperita) : une alliée à manier avec précaution
La menthe poivrée est traditionnellement utilisée pour inhiber la lactation. Son principe actif, le menthol, possède des propriétés rafraîchissantes et antalgiques qui peuvent soulager la tension mammaire. En infusion, elle peut être consommée deux à trois fois par jour pour accompagner la diminution de la production lactée.
En application locale, quelques gouttes d’huile essentielle de menthe poivrée diluées dans une huile végétale peuvent être appliquées sur les seins (en évitant soigneusement les mamelons). Toutefois, cette pratique fait débat. L’huile essentielle de menthe poivrée est considérée comme neurotoxique et est normalement déconseillée chez la femme allaitante et les nourrissons. Si vous êtes encore en phase de sevrage avec des tétées résiduelles, mieux vaut privilégier l’infusion seule et éviter l’application cutanée.
Le chou vert : le remède de grand-mère qui tient ses promesses
Ce n’est pas une plante médicinale à proprement parler, mais le cataplasme de feuilles de chou vert fait partie de ces remèdes populaires dont l’efficacité est régulièrement confirmée par l’expérience clinique. Le principe est simple : lavez deux grandes feuilles de chou vert, retirez la nervure centrale, passez-les au réfrigérateur, puis glissez-les dans votre soutien-gorge. L’effet décongestionnant et apaisant est souvent perceptible en quelques heures. Remplacez les feuilles dès qu’elles commencent à ramollir. Ce geste peut être répété plusieurs fois par jour.
L’homéopathie : une approche complémentaire pour accompagner l’arrêt de la lactation
L’homéopathie offre une palette de remèdes traditionnellement utilisés par les sages-femmes et les pharmaciens pour accompagner l’arrêt de l’allaitement. Si vous souhaitez approfondir ce sujet, notre article dédié à l’homéopathie et l’allaitement explore en détail les différentes situations et posologies. Voici les principaux remèdes à connaître.
Lac caninum : le régulateur de la lactation
Le Lac caninum est le remède homéopathique de référence pour le contrôle de la lactation. Fait intéressant, à basse dilution (5 CH), il est utilisé pour stimuler la montée de lait, tandis qu’à haute dilution (15 ou 30 CH), il contribue à la freiner. Pour l’arrêt de la lactation, on utilise donc le Lac caninum en 30 CH, à raison de 5 granules trois fois par jour, ou selon les conseils de votre pharmacien.
Bryonia : pour les seins durs et douloureux
Lorsque les seins deviennent tendus, gonflés et douloureux au toucher, avec une sensation de lourdeur qui s’améliore par la pression (le fait de porter un soutien-gorge bien ajusté soulage), Bryonia est le remède indiqué. En 9 CH, 5 granules trois à six fois par jour selon l’intensité de la douleur.
Apis mellifica : contre l’inflammation et l’œdème
Si les seins présentent un aspect inflammatoire avec un œdème marqué, une sensation de chaleur et de brûlure, Apis mellifica en 9 ou 15 CH est particulièrement adapté. 5 granules trois à six fois par jour, à espacer au fur et à mesure de l’amélioration.
Ricinus communis : pour tarir la sécrétion
Le Ricinus communis en 30 CH est utilisé spécifiquement pour stopper la production de lait. Le protocole classique est d’une dose par jour pendant trois jours consécutifs. Là encore, à basse dilution (5 CH), ce même remède stimule la lactation : la dilution fait toute la différence.
Phytolacca : en cas d’engorgement sévère
Si l’engorgement est important, avec des seins très durs et une douleur irradiante, Phytolacca en 15 CH complète utilement le protocole. C’est un remède spécifique des mastites, à raison de 3 à 5 granules trois fois par jour.
Ces remèdes peuvent être utilisés seuls ou associés. Le protocole complet fréquemment conseillé par les sages-femmes associe Apis mellifica 9 CH, Bryonia 9 CH et Lac caninum 30 CH (5 granules de chaque toutes les deux heures), combinés à Ricinus communis 30 CH (une dose par jour pendant trois jours). N’hésitez pas à demander conseil à votre pharmacien ou votre sage-femme pour adapter les posologies à votre situation.
Les hydrolats : la douceur au service du sevrage
Les hydrolats représentent une option intéressante pour les femmes qui recherchent des solutions particulièrement douces. Obtenus par distillation à la vapeur d’eau, les hydrolats contiennent les molécules aromatiques de la plante sous forme très diluée, ce qui les rend bien plus sûrs que les huiles essentielles.
L’hydrolat de menthe poivrée peut être utilisé en compresses fraîches sur les seins pour soulager la tension et l’inconfort. Imbibez un linge propre d’hydrolat pur ou légèrement dilué, et appliquez-le sur la poitrine pendant une vingtaine de minutes. L’hydrolat de sauge officinale peut également être consommé par voie orale, à raison d’une cuillère à soupe dans un grand verre d’eau, deux à trois fois par jour. Veillez à bien conserver vos hydrolats au réfrigérateur pour préserver leurs propriétés.
L’avantage des hydrolats, en comparaison des huiles essentielles, est leur douceur d’utilisation et leur meilleure tolérance. En Permathérapie, les hydrolats relèvent de la Dynamique Aggradante . Ils agissent en douceur, dans la durée, sans forcer le corps mais en l’accompagnant vers un nouvel équilibre.
Alimentation anti-inflammatoire : soulager la douleur par l’assiette
Les premiers jours du sevrage peuvent s’accompagner de douleurs liées à l’accumulation de lait dans la poitrine. Une alimentation anti-inflammatoire peut alors constituer un soutien précieux.
Privilégiez les fruits et légumes colorés, riches en antioxydants. Intégrez à vos repas des sources d’oméga-3 : graines de lin, de chanvre, de chia, huile de colza, petits poissons gras. Limitez les viandes rouges au profit de la volaille, et réduisez si possible le gluten, qui peut entretenir un terrain inflammatoire chez certaines personnes.
Et surtout, continuez à bien vous hydrater. Contrairement à un conseil encore trop souvent répandu, limiter sa consommation d’eau ne fait pas diminuer la lactation. C’est un conseil potentiellement dangereux, en particulier en période post-partum. Buvez normalement, privilégiez l’eau et les infusions (de sauge, de menthe, de persil justement). Et laissez votre corps faire son travail d’ajustement.
Les fausses solutions à éviter
Les médicaments inhibiteurs de la lactation
Des médicaments comme la bromocriptine (Parlodel®) ou la cabergoline (Dostinex®) ont longtemps été prescrits pour bloquer la lactation. Or, ces traitements ont été associés à des effets indésirables graves : accidents cardiovasculaires, troubles psychiatriques, convulsions. Les autorités sanitaires françaises (ANSM, CNGOF, CNSF) ne les recommandent plus en première intention. La tendance actuelle, en France comme dans le reste de l’Europe, est clairement de privilégier les approches non médicamenteuses.
Le bandage serré des seins
Bander étroitement la poitrine pour empêcher la montée de lait est une pratique ancienne qui ne repose sur aucune base physiologique solide. Elle peut même être contre-productive en favorisant l’engorgement, les canaux bouchés et l’inconfort. Un soutien-gorge bien ajusté, offrant un bon maintien sans compression excessive, sera toujours préférable.
La restriction hydrique
Encore une idée reçue tenace : boire moins ne fait pas diminuer la lactation. Votre corps a besoin d’eau, encore plus en période post-partum. La déshydratation n’est jamais un outil thérapeutique.
Montée de lait : quand faut-il consulter ?
Le sevrage se passe bien dans la très grande majorité des cas. Mais certaines situations justifient un avis médical rapide. Si vous observez une rougeur localisée accompagnée de fièvre (au-dessus de 38,5°C), cela peut indiquer une mastite, voire un abcès mammaire. Si la douleur ne diminue pas après 48 à 72 heures malgré les mesures décrites dans cet article, ou si elle s’intensifie, consultez votre sage-femme, votre médecin ou une consultante en lactation IBCLC.
De même, si vous ressentez une grande tristesse, de l’anxiété ou un sentiment de vide après l’arrêt de l’allaitement, n’hésitez pas à en parler. Les bouleversements hormonaux liés au sevrage peuvent accentuer une fragilité émotionnelle, et un accompagnement adapté fait toute la différence.
Stopper la montée de lait : l’essentiel à retenir
Arrêter l’allaitement est une décision intime, qui mérite d’être accompagnée avec la même attention que l’on porte au début de l’allaitement. Le corps sait s’ajuster, à condition qu’on lui en laisse le temps et qu’on l’accompagne avec les bons outils. La sauge, le persil, la menthe, l’homéopathie, les hydrolats, le chou vert, une alimentation soignée : autant de ressources simples, accessibles et respectueuses de votre physiologie.
En Permathérapie, nous voyons le sevrage non pas comme un arrêt, mais comme une transformation de la relation entre la mère et l’enfant. C’est un passage, pas une perte. Et comme dans tout passage, ce qui compte le plus, c’est la qualité de la présence que l’on y met, envers son enfant et envers soi-même.
Sources :
- Eglash A., Treatment of maternal hypergalactia, Breastfeeding Medicine, 2014.
- Amir L.H., Managing common breastfeeding problems in the community, BMF, 2014.
- Béraud É., Inhibition de la lactation par l’homéopathie, mémoire de sage-femme, DUMAS, 2021.
- ANSM, [Bromocriptine et inhibition de la lactation : mise en garde et restriction d’utilisation](https://www.vidal.fr/actualites/15021-bromocriptine-et-inhibition-de-la-lactation-utilisation-restreinte-et-sous-surveillance-renforcee.html#:~:text=Une utilisation restreinte aux cas,infection VIH de la mère.)
- Mercan A., Manuel de phytothérapie écoresponsable, Terre vivante, 2021.

Très bon article ,très bons conseils
Félicitations
S.D sage femme
Merci 🙏🙏
Merci très bon article
Moi qui souhaite arrêt l’allaitement sa m’a beaucoup aidée
🙏🙏😊
Bonjour mais que faire si nos seins sont très douloureux et s’engorgent. Ici c’est très difficile à gérer
Les raisons peuvent être multiples. Il est alors important de consulter une sage-femme ou une conseillère en lactation.
Très bon conseil naturel 👍🏿
Merci de
merci 🙏
Salut Merci bocoup. Très utile. Bon conseils merci infiniment