Huiles essentielles, anti-inflammatoires et infection virale

Cet article est lu en 8 minutes, le temps de prendre une petite tisane et une belle respiration ?

La pandémie du tristement célèbre Covid-19 aura au moins l’avantage de mettre en avant l’effet thérapeutique des huiles essentielles, certains n’hésitant pas à les accuser d’aggraver les personnes contaminées.

Pour bien comprendre la situation et d’où vient cette accusation, essayons une fois de plus de comprendre comment les huiles essentielles anti-inflammatoires fonctionnent et ce qui se cache derrière ces termes barbares. Et voyons s’il existe réellement des risques à utiliser les huiles essentielles anti-inflammatoires en cas d’infection virale.

Précision avant de se lancer dans le grand bain

J’ai fait le choix sur Se soigner autrement de ne pas vous présenter les plantes et les huiles essentielles en vous parlant de molécules ou de principes actifs. Je considère en effet que les plantes et leurs extraits sont beaucoup plus qu’un assemblage de molécules. De plus, ce ne sont pas des notions qui sont utiles à un usage familial. Il est cependant indispensable d’être capable de naviguer avec ces concepts quand on est professionnel. C’est pour moi une faute grave que de ne pas les maîtriser. Les explications qui suivent sont là pour vous montrer le raisonnement qui devrait exister en amont d’un conseil de professionnel.

Huiles essentielles, anti-inflammatoires et infection virale : comprendre les interactions
Huiles essentielles, anti-inflammatoires et infection virale : comprendre les interactions

AINS, corticoïdes et maladies infectieuses

Les AINS, ou anti-inflammatoires non stéroïdiens, sont une famille de médicaments qui ont pour objectif de calmer les inflammations mais également de diminuer la douleur et de faire baisser la fièvre.

Leur action est proche de celle des corticoïdes (anti-inflammatoire stéroïdiens) mais leur fonctionnement est différent.

Ces 2 familles de médicaments sont vivement déconseillées en cas d’infection et a fortiori en cas d’infection virale. En effet, un certain nombre d’entre eux (comme L’Ibuprofène par exemple), utilise les mêmes modes d’action que certains virus et diminuent en apparence les symptômes d’infection, la laissant progresser en silence, pour ne se révéler qu‘une fois l’organisme totalement dépassé.

Dans le cas qui nous préoccupe actuellement, les AINS sont des inhibiteurs (ralentisseur d’une cyclo-oxygénase -COX- une enzyme qui empêche la production d’hormones clés de l’inflammation, prostaglandines et thromboxane)

Cette inhibition entraîne la production d’une autre enzyme (qui a le petit nom d’angiotensine-2) qui intervient dans le cycle de vie de nombreux virus (dont ceux de la famille des Coronavirus… suivez mon regard).

Les corticoïdes (l’autre type d’anti-inflammatoire) agissent un peu différemment avec le même objectif. Leur action est proche d’une hormone produite spontanément : la cortisone. Elle est cependant utilisée dans des proportions beaucoup plus importantes que le cortisol naturel.

Il faut comprendre, et cela nous sera utile pour la suite, que ces médicaments sont dose-dépendants, c’est-à-dire que leur efficacité (et les risques d’effets indésirables graves) sont liés à la quantité qui a été prise. C’est pour cela d’ailleurs qu’il est toujours indiqué une dose maximale, correspondant à un effet optimal, limitant les risques.

Les recommandations

Pour information, voici d’ailleurs les recommandation de l’ANSM sur l’utilisation de ces AINS :

  • Prescrire et utiliser les AINS à la dose minimale efficace, pendant la durée la plus courte
  • Arrêter le traitement dès la disparition des symptômes
  • Ne pas prolonger le traitement au-delà de 3 jours en cas de fièvre
  • Ne pas prolonger le traitement au-delà de 5 jours en cas de douleur
  • Eviter les AINS en cas d’infection virale
  • Ne pas prendre deux médicaments AINS en même temps

Coronavirus et anti-inflammatoire

Le 14 Mars 2020, la Direction Générale de la Santé (DGS, suivie de près par le ministre de la Santé), a annoncé que :

Des événements indésirables graves liés à l’utilisation des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ont été signalés chez des patients atteints de COVID19, cas possibles ou confirmés. Nous rappelons que le traitement d’une fièvre mal tolérée ou de douleurs dans le cadre du COVID19 ou de toute autre virose respiratoire repose sur le paracétamol, sans dépasser la dose de 60 mg/kg/jour et de 3 g/jour. Les AINS doivent être proscrits. 

Direction Générale de la Santé

Cette affirmation n’est finalement, vous l’aurez compris qu’un rappel de la bonne utilisation de ces molécules de synthèses. C’est le mode d’action des principes actifs qui est mis en cause.

Au delà de la contre-indication générale des AINS et de la cortisone pour les infections virales, les virus de la famille des coronavirus présentent un facteur de risque supplémentaire.

En effet, cette famille de virus a la particularité d’inhiber les COXs pour agir. Ce sont les mêmes COXs qui sont inhibés par les anti-inflammatoires. Infections à coronavirus et AINS ne font donc vraiment pas bon ménage.

L’inflammation… pour les nuls

L’inflammation est un processus complexe qui fait intervenir des centaines de réactions différentes. Elle correspond à une réponse non spécifique du système immunitaire face à une agression (bactérie, virus, choc,…).

Cette réaction a pour objectif d’éliminer l’élément étranger, s’il y a, et de débuter la réparation de la zone concernée.
Elle se caractérise localement par une rougeur, un gonflement, une chaleur et une douleur.

L’objectif de l’organisme est de limiter l’activité de la région, de l’organe voire de la personne pour que les processus de rétablissement se mettent en place correctement.

Dans le cas d’une infection virale, les symptômes correspondant seront la fièvre, la toux, les sensations de courbatures et la fatigue.

Tout l’organisme est concerné en cas d’inflammation. La production d’hormones sera donc elle-même affectée. C’est pour cela que l’on peut être amené à utiliser de la cortisone qui vient modifier la production spontanée de cortisol.

Quand l’inflammation persiste

Si cette inflammation devient trop importante, elle peut être très invalidante et épuiser la personne. On fait alors appel aux médicaments anti-inflammatoires.

Il est alors important de ne pas confondre une propriété anti-inflammatoire avec un mode d’action anti-inflammatoire. Ce sont deux choses très différentes.

Une propriété anti-inflammatoire correspond à la capacité d’un principe actif d’agir sur une des étapes de l’inflammation pour la diminuer voire la stopper complètement. Toutefois, il existe une dizaine de grands modes d’action spécifiques (inhibition des prostaglandines, des hyaluronidases, etc.). C’est ce mode d’action qui va nous permettre de comprendre les risques augmentés avec certaines infections virales.

Les huiles essentielles anti-inflammatoires

Avant toutes choses, il faut savoir qu’absolument toutes les huiles essentielles ont des propriétés anti-inflammatoires. Celles-ci vont agir différemment, empruntant l’un ou l’autre des modes d’action dont nous parlions à l’instant.

De plus, les huiles essentielles (et les plantes médicinales en général) représentent un ensemble de molécules pouvant atteindre plusieurs centaines. On parle de totum pour désigner cet ensemble.

Certaines molécules, présentes à l’état de trace, peuvent totalement changer son effet ou annuler une toxicité. On nomme cet effet le quench.

Cet ensemble complexe va déterminer les indications et ce que l’on nomme le tropisme : le lieu d’action privilégié.

Action anti-inflammatoire des huiles essentielles

L’action anti-inflammatoire des huiles essentielles sera différent en fonction des principes actifs principaux et du fameux quench qui va la moduler.

Les molécules qui interrogent le plus aujourd’hui sont celles qui ont un mode de fonctionnement proche des AINS de synthèse. Elles sont au nombre de 2 : le salicylate de méthyle et le β-caryophyllène (lire bêta-caryophyllène).

Le salicylate de méthyle se retrouve dans des huiles essentielles comme la gaulthérie odorante (Gaultheria fragrantissima) ou le bouleau blanc (Betula alba). Il est transformé dans l’organisme en acide salicylique (cf. ci-dessous). Ces huiles essentielles s’utilisent principalement pour des douleurs articulaires (inflammatoires) en s’appliquant sur la peau. Elles ont une action principalement locale.

Le β-caryophyllène est présent dans huiles essentielles comme le giroflier (Eugenia caryophyllus), le poivre (Piper nigrum) ou encore le chanvre (Cannabis sativa). Elle est environ 20 fois moins puissante que l’aspirine, pour la même action (celle sur les COXs).

l'écore de bouleau contient de l'acide salicylique, un puissant anti-inflammatoire
l’écore de bouleau contient de l’acide salicylique, un puissant anti-inflammatoire

L’aspirine, une origine trompeuse

L’aspirine fait partie des AINS. Créée en 1899, son histoire remonte au minimum à l’Antiquité. A cette époque on utilisait l’écorce de saule blanc, le peuplier ou la reine des près (ou encore de bouleau, pour les amérindiens) pour leurs propriétés sur les douleurs et la fièvre.

Ces plantes contiennent toutes le fameux acide salicylique. Après de nombreux rebondissements, cette molécule a été “améliorée” par la chimie de synthèse, en acide acétylsalicylique, plus efficace que sa consœur naturelle.

L’acide acétylsalicylique a une action d’inhibition non sélective et irréversible des cyclo-oxygénases. Contrairement à l’acide salicylique dont l’action est réversible.

C’est une question de dosage

Paracelse dans Sieben defensiones nous révèle sa célèbre maxime :

Tout est poison et rien n’est sans poison; la dose seule fait que quelque chose n’est pas un poison.

Elle est précisément vraie dans le cas qui nous concerne.

La dose efficace pour des propriétés anti-inflammatoires pour l’aspirine est de 3000 mg. Pour l’ibuprofène, elle est 1200 mg.

Si une huile essentielle parmi celles que nous avons citées à l’instant est utilisée dans cet objectif, nous atteignons au maximum 300 à 400 mg !

Je vous rappelle que nous avons vu que ces principes sont dose dépendants.

Un professionnel est formé pour choisir l’huile essentielle la mieux adaptée. Ensuite il pourra affiner le dosage en fonction du contexte et de la personne. Les dosages proposés dans les ouvrages sont toujours des moyennes. Ils ne prennent pas en compte notre diversité et notre contexte.

Une indication, deux situations – les mesures de précautions

Vous l’aurez compris, il s’agit ici de choix et de quantité. Un professionnel de santé formé doit être en mesure d’évaluer les quantités qui seront utiles (sans être excessives) et d’adapter son choix à la situation. C’est l’absence de connaissance de la majorité du milieu médical qui amène à contre-indiquer a priori.

A la lumière de ces informations, les huiles essentielles anti-inflammatoires aux doses physiologiques n’ont pas de raison d’être interdites. Dans le cas d’une infection virale, il faudra veiller à l’adapter à la personne et au contexte.

Lorsqu’il s’agit d‘auto-traitement comme c’est très souvent le cas en aromathérapie et plus largement en phytothérapie, dans la situation du Coronavirus en particulier, il ne me viendrait jamais à l’idée de conseiller de ne vous soigner que par huiles essentielles. Ce serait absurde (et illégal).

Nous n’avons en effet pas de recul sur l’action des huiles essentielles sur ce virus spécifiquement. Nous devons avoir un comportement responsable même s’il s’agit de produits en vente libre et veiller à respecter scrupuleusement indications et dosages.

Si l’indication est correctement posée (je vous renvoie là à votre professionnel.le de santé préféré.e) et que les dosages sont correctement appliqués, les risques sont absents.

Loïc

PS : je précise à toutes fins utiles qu’ici nous avons parlé de ce qui concerne l’aspect biochimique des huiles essentielles anti-inflammatoires. Ce n’est pas le seul, d’autres paramètres rentrent en compte pour réaliser un choix pertinent (vous trouverez quelques pistes ici et ).

Huiles essentielles, anti-inflammatoires : faire les bons choix lors des infections virales

Complément utile :

Sources :

Cet article a 7 commentaires

  1. Marianne

    Bonjour,
    Votre rubrique est intéressante, merci.
    Je me suis inscrite pour recevoir votre brochure gratuite concernant les huiles essentielles. Mon e-mail a été refusée, pourquoi ?
    J’attends votre réponse avec impatience.
    Mes meilleures salutations.
    Marbor

    1. Loïc

      J’ai vérifié de mon côté, tout semble fonctionner correctement. Il est possible que le mail arrive dans vos spams, il est important d’ajouter mon adresse à vos contacts pour l’imiter ces problèmes.

      est-ce que cela fonctionne maintenant?

  2. François

    Merci Loic pour cet article clair . Chacun pourra faire son choix en conscience avec ces explications

    1. Loïc

      C’était mon objectif, je suis heureux d’apprendre qu’il est atteint

  3. VERRIER Pascale

    Merci Loïc. Particulièrement intéressant et instructif.

  4. Maddalon chantal

    Merci Loïc pour ces précisions

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Loïc

Professionnel de santé, diplômé en masso-kinésithérapie, je m’intéresse aux pratiques de soin centrées sur la personne. Conférencier et formateur, j'exerce depuis plus de 15 ans. J'ai complété mes connaissances par une formation universitaire en Fasciathérapie (4 ans), l'apprentissage de la Microkinésithérapie (3 ans), des Réflexologies (5 ans), du Shiatsu (Minna san do so). L'aromathérapie, l'hydrolathérapie, la gemmothérapie et l'homéopathie sont venues enrichir mon travail pour rendre la personne actrice de son soin et autonome.