Reconnaître la carence en vitamine D et s’assurer d’avoir un apport suffisant

Sommaire
Comprendre les causes et les conséquences d’un manque de vitamine D pour apporter à son corps cette vitamine du soleil indispensable.

Vous sortez du cabinet médical avec votre prise de sang. Verdict : 18 ng/mL de vitamine D. Votre médecin fronce les sourcils. « Vous êtes en carence. Je vous prescris une ampoule. » Vous rentrez chez vous vaguement inquiet, convaincu que votre corps dysfonctionne, que vous manquez de quelque chose d’essentiel.

Et si je vous disais que ce scénario, vécu par des millions de personnes chaque année, repose en grande partie sur un malentendu ? Que ce « manque de vitamine D » qui affole les cabinets médicaux et enrichit les laboratoires n’est, dans l’immense majorité des cas, ni une maladie ni même un problème ?

Nous vivons une époque paradoxale. On nous répète qu’il faut fuir le soleil, se tartiner de crème SPF50 dès le mois de mars, rester à l’abri des rayons « dangereux ». Et dans le même temps, on nous supplémente massivement en vitamine D… cette hormone que notre peau fabrique justement grâce au soleil qu’on nous incite à éviter.

Le manque de vitamine D est devenu une obsession collective. Une « épidémie silencieuse » selon certains. Un business juteux selon d’autres. Démêlons le vrai du faux, le clinique du marketing, et retrouvons un peu de bon sens dans notre rapport à cette molécule mal nommée.

Qu’est-ce que la vitamine D, vraiment ?

Avant de parler de manque, encore faut-il savoir de quoi on parle. La vitamine D porte un nom trompeur qui entretient la confusion et alimente tout un commerce. Commençons par rétablir quelques vérités scientifiques de base.

Une hormone déguisée en vitamine

Commençons par rétablir une vérité que trop peu de gens connaissent : la vitamine D n’est pas une vitamine. C’est une prohormone stéroïdienne que votre corps sait parfaitement fabriquer tout seul, sans avoir besoin de la trouver dans votre assiette.

Lorsque votre peau est exposée aux rayons UVB du soleil, elle transforme le 7-déhydrocholestérol (un dérivé du cholestérol présent naturellement dans votre épiderme) en cholécalciférol, aussi appelé vitamine D3. Cette molécule voyage ensuite vers votre foie, qui la transforme en 25-hydroxyvitamine D (c’est ce qu’on dose dans les prises de sang). Puis vos reins la convertissent en sa forme active, le calcitriol, qui agit comme une véritable hormone : elle se fixe sur des récepteurs nucléaires présents dans presque toutes vos cellules et régule l’expression de centaines de gènes.

Ce processus de synthèse, de transformation et d’activation est le même que celui des hormones stéroïdiennes comme le cortisol ou les hormones sexuelles. Rien à voir avec une vitamine classique que vous devriez obligatoirement trouver dans votre alimentation.

Cette confusion terminologique n’est pas anodine. Elle entretient l’idée qu’il faudrait « consommer » de la vitamine D, comme on consomme de la vitamine C. Or, votre corps n’a jamais été conçu pour fonctionner ainsi. Historiquement, pendant des centaines de milliers d’années, l’humanité a vécu sans complément alimentaire, sans ampoule, sans pharmacie. Et pourtant, nous sommes toujours là.

Les deux formes de vitamine D

Il existe deux types principaux de vitamine D :

La vitamine D2 (ergocalciférol) : synthétisée par certains végétaux, champignons et levures lorsqu’ils sont exposés aux UV. Elle est moins bien métabolisée par l’organisme humain et moins efficace pour maintenir des taux stables dans le sang.

La vitamine D3 (cholécalciférol) : celle que votre peau fabrique naturellement sous l’effet du soleil, et qu’on trouve en petite quantité dans les poissons gras, les œufs, le foie. C’est la forme la plus biodisponible et la plus efficace pour notre organisme.

Lorsqu’on parle de « manque de vitamine D », on fait référence au taux sanguin de 25-hydroxyvitamine D, qui reflète principalement la vitamine D3 produite par votre peau et, dans une moindre mesure, celle apportée par votre alimentation.

À quoi sert vraiment la vitamine D ?

La vitamine D joue plusieurs rôles bien documentés dans votre organisme :

Régulation du métabolisme du calcium et du phosphore : elle favorise l’absorption intestinale du calcium, sa fixation sur les os, et maintient un équilibre précis entre calcium sanguin et calcium osseux. C’est son rôle le plus ancien et le mieux établi scientifiquement.

Santé osseuse et musculaire : elle contribue à la minéralisation des os, des dents, des cartilages. Elle joue aussi un rôle dans la fonction musculaire, notamment chez les personnes âgées, où un déficit sévère peut entraîner une faiblesse musculaire et augmenter le risque de chutes.

Modulation immunitaire : les récepteurs à la vitamine D sont présents sur les cellules immunitaires. Elle semble jouer un rôle dans la régulation de l’inflammation et la santé de la muqueuse intestinale. Cependant, les études sur son effet préventif contre les infections restent contradictoires, et aucune preuve solide ne justifie une supplémentation systématique pour « booster son immunité ».

Fonctions neurologiques : elle intervient dans la régulation du système nerveux central et participe au bon fonctionnement cérébral. Mais là encore, les liens entre supplémentation et amélioration des fonctions cognitives ou de l’humeur restent débattus.

Ce qu’il faut retenir : la vitamine D est importante, mais ses fonctions démontrées scientifiquement concernent avant tout le métabolisme osseux et musculaire. Le reste relève souvent de l’extrapolation, voire du marketing.

Comment reconnaître un vrai manque de vitamine D ?

Un chiffre bas sur une prise de sang ne signifie pas automatiquement que vous êtes malade. Entre les symptômes cliniques réels et les seuils statistiques, il y a un monde. Apprenons à faire la différence entre une vraie carence pathologique et une simple variation saisonnière.

Les symptômes d’une carence réelle (et ils sont rares)

Un manque sévère de vitamine D se manifeste cliniquement. Ce n’est pas un chiffre sur une prise de sang, c’est un ensemble de symptômes visibles et invalidants :

Chez l’enfant : le rachitisme. Déformations osseuses, retard de croissance, crâne mou, jambes arquées, fractures spontanées. C’était une maladie courante au 19ᵉ siècle dans les villes industrielles enfumées où les enfants ne voyaient jamais le soleil. Aujourd’hui, le rachitisme est rarissime dans les pays occidentaux, sauf dans des cas très particuliers (enfants totalement privés d’exposition solaire, malnutrition sévère, pathologies métaboliques).

Chez l’adulte : l’ostéomalacie. Douleurs osseuses diffuses, fractures à répétition malgré des traumatismes mineurs, faiblesse musculaire marquée, difficultés à se lever d’une chaise ou à monter des escaliers. Là encore, c’est extrêmement rare chez un adulte en bonne santé vivant sous nos latitudes.

Ces pathologies surviennent généralement lorsque le taux sanguin descend en dessous de 10 ng/mL de façon prolongée, souvent associé à d’autres carences (calcium, protéines) et à des conditions de vie extrêmes.

Si vous ne présentez aucun de ces symptômes, si vous n’avez pas de douleurs osseuses invalidantes, si vous n’êtes pas confiné chez vous 365 jours par an, il y a de très fortes chances que votre « manque de vitamine D » ne soit pas un problème clinique.

La prise de sang : un chiffre qui ne raconte qu’une partie de l’histoire

Le dosage de la 25-hydroxyvitamine D est devenu l’un des examens biologiques les plus prescrits en France. Et l’un des plus discutables.

Pourquoi ? Parce qu’on a transformé une variation physiologique normale en pathologie à traiter.

Votre taux de vitamine D fluctue naturellement au cours de l’année. Il monte pendant les mois ensoleillés (avril à septembre sous nos latitudes), redescend en hiver. C’est parfaitement normal. Votre corps stocke la vitamine D dans vos tissus adipeux pendant l’été, puis la libère progressivement pendant l’hiver. Ce mécanisme de régulation fonctionne depuis des centaines de milliers d’années.

Si vous faites une prise de sang en février et que votre taux affiche 15 ng/mL, cela ne signifie pas que vous êtes malade. Cela signifie que vous êtes en hiver, que vous avez probablement passé moins de temps dehors, et que votre corps gère ses réserves de façon autonome.

Les « seuils de carence » ont été définis arbitrairement, et ils varient selon les institutions :

  • L’Institute of Medicine américain fixe le seuil de suffisance à 20 ng/mL.
  • L’Endocrine Society (largement financée par l’industrie pharmaceutique) recommande 30 ng/mL, voire 40 ng/mL pour une « santé optimale ».
  • Certains laboratoires affichent des normes encore plus élevées, créant ainsi une « épidémie » de carences sur mesure.

Ces seuils ne tiennent compte ni de la saison, ni de votre exposition solaire habituelle, ni de votre alimentation, ni de votre génétique, ni de vos symptômes cliniques. Ils transforment des millions de personnes en bonne santé en « carencés » à traiter.

Les populations à risque réel de carence

Soyons clairs : il existe des situations où le risque de carence en vitamine D est réel et justifie une vigilance :

Les nourrissons : leur peau est trop fragile pour être exposée directement au soleil, le lait maternel est naturellement pauvre en vitamine D, et le rachitisme, bien que rare, peut avoir des conséquences graves. La supplémentation des nourrissons jusqu’à 18 mois fait consensus dans la communauté médicale. C’est l’une des rares supplémentations dont le bénéfice est clairement démontré.

Les personnes âgées institutionnalisées : peu de sorties, peau moins réactive aux UV, alimentation souvent insuffisante, risque élevé de chutes et de fractures. Dans cette population spécifique, une supplémentation combinée vitamine D + calcium peut réduire le risque de fracture de hanche.

Les personnes souffrant de pathologies spécifiques : insuffisance rénale chronique (les reins ne transforment plus la vitamine D en sa forme active), maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (absorption perturbée), chirurgie bariatrique (malabsorption des vitamines liposolubles), traitements médicamenteux (certains antiépileptiques, corticoïdes au long cours).

Les personnes totalement privées d’exposition solaire : vie en institution, port de vêtements couvrants intégraux pour raisons culturelles ou médicales, travail exclusivement de nuit, pathologies dermatologiques sévères contre-indiquant l’exposition.

Si vous ne cochez aucune de ces cases, si vous êtes un adulte en bonne santé, mobile, vivant sous des latitudes tempérées, avec une alimentation diversifiée, alors les preuves scientifiques ne justifient pas de supplémentation systématique. Même si votre prise de sang hivernale affiche 18 ng/mL.

Les conséquences d’un manque de vitamine D : mythe ou réalité ?

On attribue à la vitamine D des vertus contre à peu près toutes les maladies modernes. Qu’en dit vraiment la science ? Distinguons ce qui est solidement prouvé de ce qui relève du marketing et de l’extrapolation.

Ce qui est prouvé : les os et les muscles

Le lien entre carence sévère en vitamine D et santé osseuse est solidement établi. Un taux très bas (en dessous de 10-12 ng/mL) maintenu sur la durée augmente le risque de déminéralisation osseuse, d’ostéoporose chez la femme ménopausée, et de fractures chez les personnes âgées.

La vitamine D joue aussi un rôle dans la fonction musculaire. Chez les personnes âgées fragiles, un déficit marqué peut entraîner une faiblesse musculaire, des difficultés à se déplacer, et augmenter le risque de chutes.

C’est pour ces raisons que la supplémentation est justifiée dans certaines populations à risque. Mais attention : les études montrent que ces bénéfices ne s’observent que chez les personnes réellement carencées, avec des symptômes cliniques. Supplémenter quelqu’un qui a 20 ng/mL en hiver et aucun symptôme n’apporte strictement aucun bénéfice démontré sur le plan osseux ou musculaire.

Ce qui est discutable : immunité, cancer, maladies cardiovasculaires

Depuis une vingtaine d’années, la vitamine D est devenue une star du marketing santé. On lui prête des vertus contre à peu près tout : infections, cancers, maladies cardio-vasculaires, dépression, sclérose en plaques, diabète…

Le problème ? La plupart de ces affirmations reposent sur des études d’observation montrant des corrélations, pas des liens de causalité.

Oui, les personnes ayant des taux bas de vitamine D semblent avoir plus d’infections respiratoires. Mais est-ce parce qu’elles manquent de vitamine D, ou parce qu’elles passent moins de temps dehors, bougent moins, ont une alimentation moins variée, fument davantage, présentent d’autres facteurs de risque ?

Les grandes études interventionnelles, celles où on donne de la vitamine D à des milliers de personnes pour voir si ça prévient réellement des maladies, sont décevantes. L’étude VITAL (2022), l’une des plus grandes jamais réalisées, a suivi 25 871 participants pendant 5 ans. Conclusion : la supplémentation en vitamine D ne réduit ni le risque de cancer, ni le risque cardio-vasculaire, ni la mortalité globale chez les adultes en bonne santé.

Même constat pour l’immunité. Pendant la pandémie de COVID-19, on nous a vendu la vitamine D comme un bouclier miracle. Plusieurs méta-analyses ont depuis montré que, certes, les personnes carencées semblent plus vulnérables, mais supplémenter des personnes non carencées n’apporte aucun bénéfice mesurable sur le risque ou la sévérité des infections.

Le consensus scientifique actuel est clair : la supplémentation systématique de la population générale n’est pas justifiée. Elle coûte cher, expose à des risques de surdosage, et n’apporte aucun bénéfice démontré.

Pour aller plus loin sur ce sujet, je vous invite à lire mon article détaillé : Vitamine D : mythe et réalité… Comprendre son rôle essentiel.

Comment éviter le manque de vitamine D sans tomber dans le piège de la supplémentation ?

La solution n’est pas dans une gélule, mais dans votre mode de vie. Votre corps sait fabriquer cette hormone, encore faut-il lui en donner les moyens. Voici comment maintenir naturellement vos réserves sans dépendre des laboratoires.

Retrouver un rapport sensé au soleil

Votre peau est une usine à vitamine D. Gratuite, efficace, parfaitement régulée. Pourquoi s’en priver ?

Le problème, c’est qu’on a diabolisé le soleil. Crème solaire à longueur d’année, évitement des heures « dangereuses », messages anxiogènes sur le risque de cancer cutané… Résultat : on ne s’expose plus du tout, et on se retrouve carencé en vitamine D. La solution ? Prendre des pilules. C’est absurde.

Réapprenons à nous exposer intelligemment.

15 à 20 minutes de soleil, 2 à 3 fois par semaine, bras et jambes découverts (soit environ 25 à 30 % de votre surface corporelle), entre avril et septembre, aux heures où les UVB pénètrent l’atmosphère (entre 11h et 15h), suffisent largement à maintenir des réserves correctes.

Vous n’avez pas besoin de rôtir en plein midi ni même de bronzer. Vous avez besoin de sortir, régulièrement, toute l’année, et de laisser votre peau respirer un peu.

En hiver, oui, votre production de vitamine D chute. C’est normal. Votre corps puise dans ses réserves. Si vous avez bien fait le plein pendant l’été, si votre alimentation est correcte, si vous bougez régulièrement, votre organisme gère très bien cette variation saisonnière.

Et si vous vivez en appartement sans balcon, si vous travaillez en intérieur toute la journée, sortez quand même. Marchez. Prenez votre pause déjeuner dehors. Remontez vos manches. Accordez-vous au rythme de la lumière naturelle. Votre corps sait ce dont il a besoin.

L’alimentation : des sources naturelles à ne pas négliger

Si 90 % de votre vitamine D provient de votre peau, les 10 % restants viennent de votre alimentation. Et même si les doses alimentaires sont modestes, elles contribuent à maintenir vos réserves, surtout en hiver.

Les poissons gras sont de loin les meilleures sources :

  • Saumon sauvage : 600 à 1 000 UI pour 100 g
  • Maquereau : 400 à 600 UI pour 100 g
  • Sardines en conserve : 300 à 400 UI pour 100 g
  • Hareng : 500 à 700 UI pour 100 g

Deux portions de poisson gras par semaine, c’est déjà une belle contribution. Et en prime, vous avez des oméga-3, du sélénium, de l’iode, des protéines de qualité.

Autres sources intéressantes :

  • Jaune d’œuf : 40 à 50 UI par œuf (variable selon l’alimentation de la poule)
  • Foie de morue et son huile : 400 à 1 000 UI pour 100 g
  • Champignons exposés aux UV : 100 à 400 UI pour 100 g (certains champignons de Paris sont enrichis en vitamine D par exposition UV artificielle)
  • Produits laitiers enrichis : 40 à 100 UI pour 100 ml (vérifiez les étiquettes)

L’alimentation seule ne suffit généralement pas à couvrir tous les besoins sans exposition solaire, mais elle participe. Et contrairement aux compléments, elle apporte une synergie de nutriments, pas une molécule isolée.

Bouger, sortir, vivre : la vraie prévention

Le meilleur moyen d’éviter un manque de vitamine D, ce n’est pas d’avaler une gélule tous les matins. C’est de vivre en accord avec votre environnement et les rythmes naturels.

Sortez. Tous les jours. Quelle que soit la météo. Quelle que soit la saison. Marchez, jardinez, prenez votre café sur le balcon, allez chercher le pain à pied. Bougez votre corps. Sollicitez vos os et vos muscles. C’est ça, la vraie prévention de l’ostéoporose et des fractures. Pas une ampoule tous les trois mois.

L’activité physique régulière renforce vos os par stimulation mécanique. Elle maintient votre masse musculaire et améliore votre équilibre, réduisant le risque de chutes. Elle régule votre métabolisme osseux de façon bien plus efficace qu’un complément.

Et en prime, elle vous met dehors, au contact de la lumière naturelle. Cercle vertueux.

Les risques méconnus de la supplémentation

« Ça ne peut pas faire de mal » : cette phrase rassurante est pourtant fausse. La supplémentation en vitamine D comporte des risques réels, de plus en plus documentés. Il est temps d’en parler franchement.

Le surdosage : un risque réel et croissant

On vous répète que « ça ne peut pas faire de mal ». C’est faux. La vitamine D est liposoluble : elle s’accumule dans vos tissus adipeux. Et trop de vitamine D, c’est toxique.

Les cas d’intoxication augmentent année après année. L’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) a récemment alerté sur les risques de surdosage chez les nourrissons suite à l’administration de compléments alimentaires mal dosés.

Le mécanisme est simple : un excès de vitamine D augmente massivement l’absorption intestinale du calcium. Résultat : hypercalcémie, c’est-à-dire un taux de calcium sanguin trop élevé.

Les symptômes ? Nausées, vomissements, perte d’appétit, soif excessive, fatigue intense, confusion mentale. Dans les cas graves : insuffisance rénale aiguë, calcifications des tissus mous (artères, cœur, reins), arythmies cardiaques potentiellement mortelles.

Les méga-doses, ces ampoules de 100 000 UI données tous les trois mois, sont particulièrement problématiques. Une étude australienne publiée en 2010 dans le JAMA a montré que ces bolus massifs augmentent le risque de fractures et de chutes au lieu de les prévenir.

Si vous décidez malgré tout de vous supplémenter (parce que vous appartenez à une population à risque réel, ou parce que vous préférez « être sûr »), privilégiez des doses quotidiennes modérées (400 à 800 UI) plutôt que des méga-doses espacées. Et ne dépassez jamais 4 000 UI par jour sur le long terme sans suivi médical.

Le piège des compléments alimentaires

Les compléments alimentaires à base de vitamine D pullulent sur le marché. Gélules, gouttes, spray, bonbons gélifiés… Les formats sont variés, les promesses alléchantes, et les contrôles… limités.

Contrairement aux médicaments, les compléments alimentaires ne nécessitent pas d’autorisation de mise sur le marché stricte. Pas besoin de prouver une efficacité thérapeutique, juste une certaine sécurité d’emploi. Les barrières à l’entrée sont faibles, les marges confortables.

Résultat ? Une jungle de produits aux dosages variables, parfois mal étiquetés, parfois sur-dosés. L’ANSM a pointé du doigt le risque d’erreur de dosage, notamment avec des gouttes où la concentration en vitamine D peut varier de 500 à 10 000 UI par goutte selon les marques.

Les parents qui passent d’un produit à l’autre, qui cumulent plusieurs compléments sans se rendre compte qu’ils contiennent tous de la vitamine D, ou qui achètent des produits sur Internet aux provenances douteuses, exposent leurs enfants à des risques réels de surdosage.

Si vous devez absolument supplémenter, privilégiez un médicament prescrit par un professionnel de santé plutôt qu’un complément alimentaire acheté au hasard. Les médicaments ont des dosages clairs, des recommandations précises, et un suivi de pharmacovigilance.

Le détournement d’attention : on traite le symptôme, pas la cause

Le vrai problème avec la supplémentation systématique, ce n’est pas seulement le risque de surdosage. C’est qu’elle détourne l’attention des véritables déterminants de votre santé.

Vous avez mal aux os ? On vous donne de la vitamine D. Mais on ne vous demande pas si vous bougez, si vous sortez, si vous mangez correctement, si vous avez d’autres carences, si votre mal de dos n’est pas plutôt lié à votre posture, votre stress, ou votre sédentarité.

Vous êtes fatigué en hiver ? On vous supplémente. Mais on ne vous parle pas de rythme circadien, de lumière naturelle, d’activité physique, de qualité de sommeil, d’alimentation saisonnière.

On traite un chiffre sur une prise de sang. Pas une personne dans son contexte de vie.

C’est exactement ce que dénonce la permathérapie : cette médecine du symptôme qui isole un marqueur biologique et le « corrige » sans jamais regarder le terrain, l’environnement, les habitudes, les besoins réels de la personne.

Votre santé osseuse ne dépend pas d’un seul chiffre. Elle dépend de votre activité physique, de votre alimentation globale (calcium, protéines, magnésium, vitamine K…), de votre exposition à la lumière naturelle, de votre équilibre hormonal, de votre génétique, de vos rythmes de vie.

Réduire tout ça à « prenez de la vitamine D », c’est à la fois simpliste et dangereux. Simpliste parce que ça ignore la complexité du vivant. Dangereux parce que ça entretient la dépendance aux systèmes industriels du secteur de la santé, et que ça nous fait perdre notre autonomie.

Repenser le manque : de la carence pathologique à la variation physiologique

Et si le problème n’était pas votre taux de vitamine D, mais notre façon de l’interpréter ? Votre corps possède des mécanismes d’adaptation que la médecine moderne ignore souvent. Réapprenons à lui faire confiance.

Votre corps sait s’adapter

Pendant des centaines de milliers d’années, l’humanité a vécu sans laboratoire d’analyse, sans pharmacie, sans ampoule de 100 000 UI. Et pourtant, nous sommes toujours là.

Votre corps possède des mécanismes d’adaptation extraordinaires. Il stocke la vitamine D pendant l’été dans vos tissus adipeux, ajustant finement son métabolisme calcique en hiver pour maintenir l’homéostasie. Il régule l’absorption intestinale du calcium, sa réabsorption rénale, sa mobilisation osseuse.

Des populations entières vivent avec des taux de vitamine D considérés comme « bas » selon nos standards modernes, et se portent parfaitement bien. Les Inuits, les habitants d’Okinawa, certaines populations d’Afrique subsaharienne… Tous ont des taux entre 15 et 25 ng/mL en moyenne, et pourtant, leur santé osseuse est excellente, leur longévité remarquable.

Il n’existe pas de taux « universel » optimal. Ce qui compte, c’est l’adaptation génétique et métabolique de chaque population à son environnement. Ce qui compte, c’est l’équilibre global, pas un chiffre isolé.

Écouter son terrain, pas son laboratoire

En permathérapie, on parle de Terrain pour désigner l’ensemble des contextes qui composent une personne à un moment donné : son Contexte Personnel (ce qui se passe à l’intérieur), son Contexte Social (ses relations), son Contexte Héréditaire (son histoire familiale et génétique), son Contexte Médical (ses pathologies éventuelles).

C’est l’observation et la compréhension de ce Terrain qui permet de proposer les soins les plus adaptés. Pas un chiffre sur une prise de sang.

Si vous vivez au soleil, si vous sortez régulièrement, si vous mangez du poisson gras deux fois par semaine, si vous bougez votre corps, si vous n’avez aucun symptôme de carence, alors peu importe que votre taux soit à 18 ou à 30 ng/mL en février. Votre corps gère.

En revanche, si vous êtes âgé, fragile, confiné, dénutri, avec des pathologies osseuses avérées et des symptômes cliniques, alors oui, un dosage et une supplémentation peuvent se justifier. Mais dans un cadre médical, avec un suivi, pas en automédication.

Sortir de la dépendance

Le marketing de la carence en vitamine D est un exemple parfait de ce qui dysfonctionne dans notre rapport à la santé. On médicalise une variation physiologique normale, en créant une épidémie statistique. On vend des solutions industrielles à un problème qui n’existe pas.

Et surtout, on entretient la dépendance. Dépendance aux laboratoires d’analyse, aux compléments et à un système qui nous fait croire que notre corps est défaillant, qu’on ne peut pas lui faire confiance, qu’on a besoin d’experts et de pilules pour survivre.

La permathérapie propose une autre voie : celle de l’autonomie, de la confiance dans les capacités d’adaptation de notre organisme, de l’accordage avec notre environnement.

Cela ne signifie pas nier les vraies carences chez les vraies populations à risque. Cela signifie refuser la supplémentation systématique « au cas où », et retrouver un rapport sensé à notre corps, au soleil, à la lumière, aux rythmes naturels.

Et si le vrai manque était ailleurs ?

Le manque de vitamine D fait vendre. Des analyses sanguines, des compléments, des consultations. Il alimente un business florissant qui profite à beaucoup de monde… sauf à vous.

Car le vrai manque, souvent, n’est pas dans votre taux sanguin. Il est dans votre mode de vie.

Manque de lumière naturelle, de sorties quotidiennes, d’activité physique, de connexion avec les rythmes saisonniers. Manque de confiance dans votre corps.

On passe notre vie enfermés, derrière des écrans, sous des néons, dans des bureaux climatisés. On évite le soleil par peur du cancer. Le crème solaire est brandie dès qu’un rayon pointe. On ne sort plus qu’en voiture. On ne marche plus.

Et ensuite, on s’étonne de « manquer » de vitamine D.

La solution n’est pas dans un flacon. Elle est dans la réconciliation avec notre environnement. Sortir, même cinq minutes, même en hiver, même quand il pleut. Marcher plutôt que de prendre la voiture. Dans le fait de retrouver le plaisir simple du soleil sur sa peau.

Votre corps n’est pas défaillant. Il n’a pas besoin d’être « corrigé » par une pilule. Il a besoin d’être écouté, respecté, accordé avec les rythmes qui l’ont façonné pendant des millénaires.

Sortir du narratif du manque, c’est retrouver votre puissance. C’est cesser de chercher des solutions miracles dans des flacons, et réapprendre à faire confiance à votre biologie.

La vitamine D n’est pas une vitamine. Votre peau la fabrique. Gratuitement. Efficacement. Depuis toujours. Le reste, c’est du marketing.

Sources :

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Pat

Super article

Tharreau

Bonjour Loic,
Cela fait un moment que je vous suit silencieusement et je vous remercie pour la qualité de vos articles.
Une amie vient de m’envoyer un article (dont les sources ne sont malheureusement pas aussi clairement indiquées que chez vous) sur le bronzage et la vitamine D
Quelques informations me semblaient compléter vos deux articles sur la vitamine D:
– Les aliments hautement acidifiants, comme la viande, la charcuterie, les œufs, le fromage, les fritures et le sucre, fragilisent la peau, en raison de leurs déchets métaboliques qui s’y accumulent, et qui fermentent à l’exposition au soleil.
– Après les bains de soleil (et de mer), la plupart des gens se douchent et se savonnent, ce qui décape toute la vitamine D neuve qui vient de se former à fleur de peau – il faut 24 h pour qu’elle passe dans les couches profondes du derme. La douche oui, le savon non !
Les yeux donnent une information de luminosité à notre système hormonal endocrinien qui se trouve, par les lunettes, complètement minimisé, donc faussé.
– L’hypophyse (glande pituitaire) qui est responsable de la production de mélanine, le pigment qui bronze la peau et la protège contre les coups de soleil, croit que la luminosité extérieure est plus sombre et, par conséquent, ne produit pas assez d’hormones stimulant les mélanocytes qui font bronzer – ce qui représente donc un danger pour votre peau. N’avez-vous pas remarqué que les aveugles ont pratiquement toujours le teint très blanc ?
– La glande pinéale qui secrète la mélatonine n’est pas activée correctement. Or la mélatonine travaille en synergie avec une autre hormone activée par les UV, le solitrol, pour réguler l’humeur et les rythmes biologiques.

qu’en pensez vous, je n’ai pas vérifier mais cela me semblait pertinent?

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